Cet ennemi intérieur si familier

Ce soir, je vais aborder un sujet souvent tabou qui pourtant semble affecter tant de personnes, particulièrement en cette saison-ci de l’année : la dépression.  La première fois qu’on m’a diagnostiqué une dépression sévère, j’avais 22 ans.  J’avais alors tellement repoussé le moment de demander de l’aide qu’après une seule visite, le docteur n’avait eu aucun doute sur ma condition.  Je le savais aussi, même si je n’avais pas saisi alors la portée de la gravité de mon état.  J’avais tellement essayé de le nier.  C’était dans mes gênes, j’imagine, car je n’étais vraiment pas la première de ma famille à souffrir de dépression.  Cependant, l’admettre était comme un constat d’échec, comme devenir ce que je ne voulais tellement pas être.  Mais avec du recul, je réalise que ce n’était pas la première fois.  Les premières pensées suicidaires que j’ai eu dans ma vie remontent aussi loin qu’à l’âge de 9 ans environ.  À 14 ans, j’ai fait ma première tentative de suicide.  Alors, à 22 ans, après avoir eu deux bébés rapprochés, ce n’était pas surprenant que je sombre dans la dépression post-partum.  Et ce fut loin d’être mon dernier combat avec cet ennemi si familier.

Je crois que ma dépression post-partum fut ma plus sévère de toutes mes dépressions.  Je n’arrivais plus alors à fonctionner et ce, même pour mes besoins de base.  Plus rien ne me faisait envie et plus rien ne me donnait le goût de me lever le matin.  Mon lit était devenu mon refuge et tous les plaisirs de la vie que j’appréciais auparavant me semblaient insipides.  Mais j’avais deux belles petites filles qui avaient besoins de leur maman, alors j’ai choisi de me battre et de me relever.  Petit à petit j’y suis arrivée.  J’ai repris du mieux et la vie a retrouvé ses couleurs.  J’ai alors compris que j’étais plus forte que je ne le pensais.  Mais cet ennemi si familier est revenu me visiter de temps en temps.  Parfois j’ai cru qu’il allait m’abattre.  Durant les premières années de ma vie adulte, je n’avais pas suffisamment appris à m’appuyer sur Dieu.  Je croyais que je devais vaincre ça toute seule.  De l’extérieur, j’affichais toujours un sourire, une bonne humeur.  J’essayais d’être la fille au-dessus de ses affaires, qui camoufle sa honte de ne pas l’être.  Qui a envie d’être avec les gens qui ne vont pas bien et qui ont toujours des problèmes?  Je me sentais déjà tellement seule dans ma vie que je ne voulais pas faire fuir les rares personnes que je côtoyais à l’occasion.  Alors je prétendais être quelqu’un d’heureux.  J’ai vu récemment un article abordant le fait que la dépression n’a pas de visage, que bien des gens ont l’air heureux et joyeux peu de temps avant de se suicider.  Aujourd’hui, je crois tellement en l’importance d’être authentique, d’abattre les masques, d’oser mettre l’orgueil de côté, d’oser dire qu’on n’a pas toujours la maîtrise de notre vie, d’oser révéler nos faiblesses et nos difficultés.  Malheureusement, ce n’est pas si facile.  On vit dans un monde superficiel et individualiste où il est difficile d’établir des relations plus profondes, où tout le monde semble prétendre que tout va tout le temps bien.  Pourtant, les taux de suicides demeurent élevés et il est fréquent d’entendre que les gens ignoraient la détresse de ceux qui ont commis l’irréparable.

Je ne suis pas suicidaire, mais le suicide a souvent essayé de gagner la victoire sur moi.  C’est difficile de mettre en mot la détresse de la dépression et probablement qu’on ne vit pas tous les choses de la même façon.  Mais pour moi, c’est comme un ennemi à abattre, un ennemi intérieur qui veut ma peau, à qui je dois résister, à qui je ne dois pas céder le moindre terrain sinon il risque de m’envahir.  Il y a une dizaine d’année environ, j’ai combattu un de mes combats les plus féroces contre cet ennemi invisible, mais c’est aussi là que j’ai commencé à avoir mes premières vraies victoires, que j’ai commencé à saisir les mécanismes de cet adversaire.  Cet année-là, j’ai souvent appelé les lignes téléphoniques d’aide pour les gens en détresse.  Ça m’a aidé plusieurs fois, mais après un temps, je me suis lassée de répéter les mêmes problèmes ou de ne pas arriver à mettre des mots sur mon mal.  J’ai passé de longues heures, seule dans le noir, à crier mon mal à Dieu.  Je ne l’avais jamais fait auparavant.  Je ne sais pas pourquoi.  J’étais pourtant chrétienne, mais je pensais arriver à m’en sortir toute seule.  J’imagine que Dieu a permis que j’en arrive à un moment de ma vie où je n’y arrivais plus par moi-même.  Et j’ai découvert la force qu’il y a lorsqu’on se confie à Dieu.  Chaque fois, il était là, me soutenait, me relevait, me redonnait même de la paix et une certaine joie.

Je lève mes yeux vers les montagnes… d’où me viendra le secours?  Le secours me vient de l’Éternel, qui a fait les cieux et la terre.  (Psaumes 121, 1-2)

Puis j’ai découvert le réconfort de lire ma Bible quand ça ne va pas.  Pendant longtemps, ce n’était vraiment pas mon premier réflexe quand tout allait mal.  Cependant à force de réaliser combien ça m’aidait quand je le faisais, j’ai fini par apprendre à y recourir plus rapidement.

L’Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien.  Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles.  Il restaure mon âme, il me conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom.  Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi.  (Psaumes 23, 1-4)

Il y a un passage que j’ai longtemps appelé mon 911 de la Bible : Psaumes 91,1 et le verset suivant.

Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut repose à l’ombre du Tout Puissant.  Je dis à l’Éternel: mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me confie!  (Psaumes 91, 1-2)

Quand la vie semble grise et triste, méditer sur certains passages de la Parole est un bon remède.

Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, et il les délivra de leurs angoisses.  Il les fit sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort, et il rompit leurs liens.  Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme!  (Psaumes 107, 13-15)

Après la grosse dépression que j’ai traversé il y a une dizaine d’année, mon combat n’a plus jamais été le même.  Je n’ai plus jamais cru que j’allais perdre, que j’allais être vaincu.  Je ne me sentais plus seule dans le combat et je savais qu’en tenant bon, avec Christ, j’aurais la victoire. Au fil des années, je me suis découvert d’autres trucs qui me font du bien, en plus de me confier à Dieu et de méditer des passages de la Bible.  Il y a notamment la louange.  Je me suis créé d’avance une playlist de chansons chrétiennes qui me réconfortent, qui m’encouragent, qui me fortifient et j’y ai recours en cas de besoin.

Et moi, je chanterai ta force; dès le matin, je célébrerai ta bonté. Car tu es pour moi une haute retraite, un refuge au jour de ma détresse.  O ma force! c’est toi que je célébrerai, car Dieu, mon Dieu tout bon, est ma haute retraite.  (Psaumes 59, 16-17)

J’ai aussi découvert la puissance de la prière.  Je crois que je manquais de foi auparavant, car j’avais un peu l’impression que c’était plus ou moins important, que ça n’allait pas changer ma situation.  Or aujourd’hui, je sais à quel point c’est vital dans ma vie, à quel point je ne traverserais pas mes épreuves de la même façon sans ma vie de prières.  Depuis 10 ans, beaucoup de victoires dans différentes sphères de ma vie se sont gagnées sur mes genoux, dans la prière.

Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins.  (Hébreux 4, 16)

Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au temps convenable; et déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous.  (1 Pierre 5, 6-7)

Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ.  (Philippiens 4, 6-7)

J’ai également appris à amener mes pensées captives à Christ (2 Corinthiens 10, 5), c’est-à-dire que je combats la tentation d’entretenir les pensées qui m’amènent à déprimer davantage et j’apprends plutôt à les confier à Dieu.  Quand la tristesse prend le dessus, c’est parfois un combat de tous les instants.  Mais je me dis que c’est la même chose que lorsqu’on combat des pensées anxieuses, impures, amères, haineuses, etc., à force de les repousser, elles finissent par disparaître.

Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous. (Jacques 4, 7)

Malgré ces outils que j’ai découverts et approfondis au fil des années, je continue de combattre la dépression de temps en temps, à différents degrés, mais j’ai toujours l’assurance d’en sortir victorieuse.  Je crois même qu’à travers ça Dieu m’a formé, m’a fait grandir, m’a affermi.  Je suis notamment devenue une personne plus résiliente.

La raison pour laquelle j’ai choisi d’écrire sur ce sujet maintenant c’est parce que c’est très près de moi ces temps-ci.  Je traverse une de ces dures batailles.  Ma lampe solaire est ouverte continuellement depuis 2 mois, car c’est un autre de mes allié lorsque arrive l’automne.  Cette année a été une année particulièrement difficile à plusieurs niveaux.  D’abord, ce fut une année qui nous a beaucoup compressés dans le temps.  Notre maison avait de sérieux besoins de rénovations (toiture, isolation, murs et plafonds à refaire, etc) et comme nous sommes peu fortunés, mon mari a tout fait lui-même, en plus de ses deux emplois, y consacrant même ses vacances.  C’est sans compter qu’on a fait face à plusieurs bris importants.  Également depuis juin, j’ai eu à voyager en-dehors de ma région chaque mois, et je dois encore repartir bientôt.  Ça aura donc fait 6 longs voyages en 6 mois.  Il y a des années comme ça, surtout lorsqu’on habite en région.  Ajoutons à cela que nous avons traversé d’autres épreuves plus personnelles, dont certaines qui nous ont solidement ébranlées, bien que ça a contribué à nous unir davantage comme famille.  Bref, je ne dis pas tout ça pour me plaindre, mais seulement pour dire que mon mari et moi, ces temps-ci, nous nous retrouvons sur le bord du burnout.  De plus, comme j’ai une faiblesse par rapport à la dépression (il semble que lorsqu’on en fait une  il est plus facile d’en faire d’autres), je me retrouve à nouveau à combattre cet ennemi familier.  Ces derniers jours, ce fut particulièrement difficile.  Mais je mène le bon combat et je sais qu’éventuellement cette vague émotive va s’en retourner et laisser à nouveau la place à la joie.

Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi?  Espère en Dieu, car je le louerai encore; il est mon salut et mon Dieu.  (Psaumes 42, 11)

J’avais mis en l’Éternel mon espérance; et il s’est incliné vers moi, il a écouté mes cris.  Il m’a retiré de la fosse de destruction, du fond de la boue; et il a dressé mes pieds sur le roc, il a affermi mes pas.  Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une louange à notre Dieu.  (Psaumes 40, 1-3a)

Je termine en vous laissant sur un très beau chant du groupe Impact que je trouve très réconfortant dans les jours plus gris.

7 réflexions sur “Cet ennemi intérieur si familier

  1. Merci pour ce beau et honnête partage. C’est vrai qu’il est important de renoncer à nos masques lorsque la dépression vient roder autour de nous et qu’il faut en parler. Il y a dans l’Église cette idée irrationnelle selon laquelle un chrétien ne peut être dépressif, que ce serait une contradiction puisqu’un chrétien doit vivre dans la joie en dépit de ses circonstances. Pourtant, de nombreux personnages bibliques ont traversé des épisodes de profonde dépression, allant jusqu’à maudire le jour de leur naissance. Même des hommes de Dieu plus près de nous, comme Charles Spurgeon, ont eu à combattre cet ennemi: https://www.desiringgod.org/articles/no-blessing-like-health-with-the-exception-of-sickness . Certaines dépressions peuvent parfois être le résultat direct de nos propres péchés ou de nos pensées qui ne s’accordent pas avec la pensée de Dieu mais dans bien d’autres cas, elle n’est que le fruit général de la chute originelle et constitue l’un des ennemis que nous sommes appelés à affronter et vaincre dans cette sombre vallée, dans l’attente d’une éternité où toute larme sera essuyée de nos visages.

    Sache que je serai toujours à tes côtés dans les moments de joie comme dans les moments d’oppression. Je t’aime xox

    • Merci mon chéri pour ce beau commentaire! J’ai beaucoup aimé le lien de John Piper au sujet des dépressions de Spurgeon. C’est encourageant de voir les choses sous cet angle. Merci pour ton amour qui adoucit souvent bien des maux. Je t’aime aussi très fort. xxxx

    • Merci beaucoup pour ton commentaire! Je suis contente que tu ais apprécié. Moi aussi, je crois important qu’on parle de ces choses-là. Je connais tant de personnes qui en ont souffert en silence et d’autres qui y ont perdu la vie. Je me dis qu’en parler contribue à briser les tabous.

      • Tout à fait ! Il faut continuer à en parler et faire comprendre aux gens que la dépression est quelque chose de sérieux, et nous devons continuer à soutenir ceux qui en souffrent !

    • Vous m’en voyez ravie. C’est exactement le but pour lequel j’écris, que les gens puissent s’y retrouver, que ça puisse ouvrir le dialogue, nous aider à enlever nos masques et être plus authentiques les uns avec les autres. Merci pour ce beau commentaire qui m’encourage à continuer.

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