Lâcher prise et faire confiance à Dieu

Le récent article de mon mari, dans lequel il s’épanche de manière plus personnelle, m’a donné envie de faire pareil.  Ça fait quelques temps que le concept de cet article me trotte dans la tête, mais par respect pour mon mari, je ne savais pas trop comment l’aborder et j’attendais également le bon temps pour le faire.  Or voilà, il m’a ouvert la porte toute grande hier, se révélant lui-même.

Je suis quelqu’un de nature anxieuse et comme tous les anxieux, je cherche souvent à contrôler mon environnement afin de gérer mon anxiété.  Ce n’est pas toujours conscient, mais c’est bien présent.  Cependant il arrive des moments dans la vie où on ne contrôle plus rien.  Dieu m’a souvent amené dans ces eaux troubles afin de m’y faire grandir, afin que j’apprenne à dépendre de lui seul.  Les dernières semaines, j’ai navigué dans ces eaux agitées.  Pourtant cet été, la mer de ma vie était calme et belle.  Nous étions certes très occupés car il semble que ce soit une de ces années particulièrement occupée, mais malgré le quotidien bien rempli, le soleil brillait dans nos vies.  Ma vie de couple n’avait jamais été aussi belle et heureuse, à un point où je me demandais si ça se pouvait être plus heureux que ça.  La vie de famille se passait bien.  On sentait même que Dieu nous bénissait particulièrement sur différents plans.  Nous sentions que nous avions le vent dans les voiles, profitant du soleil, remplis de bonheur.  Or, par expérience, je savais bien que ces périodes d’accalmie ne durent pas, que pareil à l’univers marin, elles s’alternent avec les tempêtes permises par Dieu pour nous sanctifier.  Malgré tout, j’entretenais le désir de voir les beaux jours confortables se prolonger, un peu comme un été qui ne s’achèverait jamais.

Mais le vent s’est remis à souffler alors que j’affrontais d’abord des difficultés dans ma vie de parent.  Puis un orage venant de l’extérieur est venu assombrir le ciel de toute ma famille.  Tout n’allait pas mal, mais tout n’allait plus bien.  Puis mon mari a ployé sous le fardeau des responsabilités particulièrement exigeantes de cette année.  Comme il l’a écrit hier, ça l’a mené à rechuter dans son combat contre la dépendance sexuelle.  C’est certain que j’étais déçue, j’entretenais un peu l’illusion que maintenant que nous avions fêté 20 ans de mariage, nous allions pouvoir tourner la page une fois pour toute.  Je sais que Jean voulait la même chose.  Cependant, j’étais également pleine de compréhension car je sais que sa charge est pesante depuis des mois.  Mon mari travaille à temps plein dans un premier emploi et il a second emploi pour lequel il peut heureusement organiser son horaire.  Et chaque instant de libre en-dehors de son travail et des responsabilités familiales, il le consacre aux travaux sur notre maison qui avait besoin de réparations urgentes.  Il a donc consacré toutes ses vacances et ensuite soirs et week-ends, et ce depuis des mois, à refaire notre toiture, refaire des murs et plafonds abîmés par l’eau, sabler, peinturer et il court maintenant contre le temps pour finir l’isolation de notre entre-toit avant l’hiver.  Je savais donc que ça pouvait arriver, que le poids des responsabilités, le sentiment d’être dépassé et le stress puissent venir faire pression sur sa sobriété.  J’ai donc accueilli ses aveux de rechute, il y a quelques semaines, avec compassion et grâce.  Cependant, je sais bien par expérience que les rechutes apportent leur lot de tempêtes.  Je crois que tout conjoint de dépendant sait de quoi je parle.  Ce n’est pas tant la rechute en elle-même le problème, mais l’après rechute.  J’attribue ça à diverses raisons.  D’abord, le dépendant doit apprendre à gérer le lourd fardeau de la culpabilité et de la honte qui suit, et c’est encore plus marqué après une longue période de sobriété.  Ça fait partie intégrante du cycle de la dépendance: la rechute qui mène à la honte, la honte qui mène à la rechute (à moins d’un changement de trajectoire).  Avant que le dépendant arrive à surmonter la culpabilité et la honte, il y a comme un changement de personnalité (une personnalité similaire à celui qui demeurerait dans la dépendance).  Ça l’amène à raisonner différemment, à penser de façon plus charnelle, plus centrée sur lui-même, à blâmer davantage.  Avec les années, j’ai appris que ça ne me concerne pas, bien que je puisse en faire les frais par moments ou en recevoir les éclats.  Ce qui se passe en réalité dans ces moments-là, c’est que mon mari est en train de gérer sa haine de lui-même (de cet aspect de lui), sa haine de son péché.  Il se retrouve tourmenté par le diable qui l’entraine dans différentes émotions négatives et qui tente ultimement de le ramener dans l’esclavage.  Tant qu’un brisement et une profonde repentance ne surviennent pas, le tourment perdure.  Y réagir négativement ne ferait que mettre de l’huile sur le feu.  Il n’y a que l’amour et la grâce qui peuvent aider dans pareilles circonstances.  Également, je crois qu’il y a des raisons spirituelles au phénomène d’après-rechute.  Le péché crée une distance vis-à-vis Dieu et ça peut amener celui qui a rechuté dans une période plus difficile, voir agonisante, un peu comme Jean l’a décrit dans son article hier.  On peut lire le même genre d’expérience vécue par David dans le Psaumes 38.

Éternel! ne me punis pas dans ta colère, et ne me châtie pas dans ta fureur.  Car tes flèches m’ont atteint, et ta main s’est appesantie sur moi.  Il n’y a rien de sain dans ma chair à cause de ta colère.  Il n’y a plus de vigueur dans mes os à cause de mon péché.  Car mes iniquités s’élèvent au-dessus de ma tête; comme un lourd fardeau, elles sont trop pesantes pour moi.  Mes plaies sont infectes et purulentes, par l’effet de ma folie.  Je suis courbé, abattu au dernier point; tout le jour je marche dans la tristesse car un mal brûlant dévore mes entrailles, et il n’y a rien de sain dans ma chair.  Je suis sans force, entièrement brisé.  Le trouble de mon coeur m’arrache des gémissements.  Seigneur! tous mes désirs sont devant toi, et mes soupirs ne te sont point cachés.  Mon coeur est agité, ma force m’abandonne, et la lumière de mes yeux n’est plus même avec moi.  Mes amis et mes connaissances s’éloignent de ma plaie, et mes proches se tiennent à l’écart. (…) Éternel! c’est en toi que j’espère; tu répondras, Seigneur, mon Dieu!  Car je suis près de tomber, et ma douleur est toujours devant moi.  Car je reconnais mon iniquité, je suis dans la crainte à cause de mon péché.  Ne m’abandonne pas, Éternel! Mon Dieu, ne t’éloigne pas de moi!  Viens en hâte à mon secours, Seigneur, mon salut!  (Psaumes 38, 1-9, 15, 17-18,21-22)

Je sais bien que mon mari souffre de l’éloignement avec Dieu causé par son péché.  Et c’est encore plus marqué car je sais à quelle point il se sentait proche de Dieu cet été.  De mon côté, ça m’a amené dans une tempête parallèle.  La proximité et l’intimité que j’avais avec mon mari cet été était tellement belle que le choc fut brutal, lorsqu’au retour des vacances j’ai fait face à l’aspect plus difficile de sa personnalité qui se révèle lors des rechutes.  Ça m’a propulsé dans ma propre tempête.  Tout d’un coup, je voguais seule dans ma barque, nous n’étions temporairement plus le solide équipage des semaines précédentes.  Nous ne formions plus une équipe parentale pour affronter les défis quotidien de parents, que ce soit les découragements de fiston face à l’école-maison qui recommence (beaucoup moins amusant que l’été) ou les hormones intenses de l’adolescence ou les discussions titanesques (mais normales à cet âge) ou anxiétés de nos plus vieilles face à Dieu, à la vie, à l’amour, à l’avenir, etc.  Toutes ces choses qui ne semblent normalement que des défis simples de la vie parentale quand ils sont vécus à deux, tout à coup deviennent plus lourdes, plus ardues, plus compliquées quand on doit y faire face momentanément seule.    Je lève ici mon chapeau aux familles monoparentales dont c’est le quotidien.

Donc d’un côté mes défis parentaux devenaient plus difficiles, de l’autre je devais du mieux que je pouvais aider mon mari à traverser ses périodes troubles sans me laisser atteindre par ses humeurs parfois difficiles envers moi, puis le quotidien très chargé de cette année mettait une pression supplémentaire, sans compter un certain stress financier.  Je me sentais en pleine tempête intérieure.  Et le vent n’a fait que s’amplifier… plein d’imprévus sont survenus dont des bris majeurs, amplifiant le stress financier, rajoutant de la pression, complexifiant un peu notre vie.  Des tentations de découragement, de peur, d’abattement m’assaillaient.  Pourtant, quelque part en moi, je savais que c’était normal, que toute cette orchestration de tempête était selon la parfaite souveraineté de Dieu, qui permet le feu dans nos vies pour nous sanctifier.  Alors quelque part en moi, il y avait cette confiance que ça allait passer, que je pouvais me reposer sur Dieu, avoir confiance en lui.

Et voici, il s’éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots.  Et lui (Jésus), il dormait.  Les disciples s’étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons!  Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme. (Matthieu 8, 24-26)

C’est une leçon que Dieu travaille en moi depuis plusieurs années.  Au début, je m’affolais à la moindre tempête et ce, à un tel point que je l’alimentais moi-même.  Avec les années, Dieu m’a appris à lâcher prise et à lui faire confiance.  Mais ça demeure une bataille constante.  Mon premier réflexe demeure celui de la peur, de l’agitation et même de la réaction.  Une partie de moi, face aux difficultés des derniers temps, ressentait de l’amertume face à mon mari.  J’avais compris, j’avais pardonné, mais j’étais frustrée de vivre en partie avec les conséquences.  C’est bien injuste comme pensée, car lui aussi vit avec les conséquences de mes propres péchés.  En réalité, ma chair était contrariée que son propre confort personnel soit ébranlé momentanément.  Alors que j’aurais dû me réjouir que Dieu pourvoie à ma sanctification, mon égo tapait du pied.

Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son oeuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien.  (Jacques 1, 2-4)

Au lieu de la joie dans l’épreuve, j’ai d’abord dû affronter l’amertume, la confesser et la faire disparaître.  Puis petit à petit la paix est revenue.  Je me suis alors à nouveau souvenue que Dieu est en contrôle, que je peux lui faire confiance.  Je me suis réfugiée dans la prière (l’arme le plus efficace contre n’importe quelle difficulté), je suis restée calme et j’ai attendu que la tempête passe.  Comme le dirait un slogan des mouvements anonymes (Alcoolique Anonymes, Al-Anon, etc) : j’ai lâché prise et m’en suis remise à Dieu.  Ma famille sourit souvent quand je sors mes slogans préférés des mouvements anonymes, mais ils fonctionnent.  Un jour à la fois… L’important d’abord… Est-ce si important?… Aujourd’hui seulement… Lâcher prise et s’en remettre à Dieu…  Ce sont des ancres qui m’ont aidé à sortir des moments difficiles de ma vie.  J’ai appris à choisir mes batailles, que certaines ne sont pas si importantes, ne valent pas l’énergie qu’on y investit.  De plus, quand l’anxiété veut me faire envisager des semaines, voir des mois d’avance et me décourager, je me rappelle qu’aujourd’hui, Dieu me donne la force pour aujourd’hui et j’ai confiance que demain il pourvoira pour demain.

Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. (Matthieu 6, 34)

Dieu est fidèle.  Toutes les tempêtes de la vie finissent par s’arrêter et un jour ou l’autre le calme revient et nous permet de refaire nos forces.  S’agiter ne sert à rien, il vaut mieux apprendre à lâcher prise et à faire confiance à Dieu.  Comme toujours la tempête s’est apaisée, le soleil est revenu, mon mari est redevenu lui-même (il a quitté le chemin de la condamnation pour reprendre celui de la repentance), notre mariage a retrouvé ses beaux jours, la vie familiale se remet à couler doucement, les défis financiers et matériels nous semblent un peu moins lourds et nous sommes à nouveau pleins d’espoir pour l’avenir.

Dieu est notre refuge et notre force, un secours dans les détresses, toujours facile à trouver.  C’est pourquoi nous ne craindrons point, quand la terre serait transportée de sa place, et que les montagnes seraient remuées et jetées au coeur des mers. (…) Tenez-vous tranquilles, et sachez que je suis Dieu: je serai exalté parmi les nations, je serai exalté sur la terre.  L’Éternel des armées est avec nous; le Dieu de Jacob nous est une haute retraite. (Psaumes 46, 1-2 et 10-11)

Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me mène à des eaux paisibles.  Il restaure mon âme; il me conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom.  (Psaumes 23, 2-3)

Alors quand la tempête s’abat dans vos vies, quand vous perdez tous vos repères, souvenez-vous que Dieu est un phare brillant dans la plus noire de vos nuits et que vous pouvez toujours vous fier sur lui pour vous ramener au port.

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