Mon témoignage

2016-09-10Dans les dernières années, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai écrit ou récrit mon témoignage. Comme je l’ai dit dans mon À propos, depuis plusieurs années, je voulais faire quelque chose pour venir en aide aux femmes prises dans des mariages meurtris par la dépendance sexuelle. En ce sens, je me suis parfois impliquée sur des forums sur le sujet et ça m’a amené à faire les premières ébauches de mon témoignage. Puis à-travers le blog de mon mari qui traitait à l’époque exclusivement de dépendance sexuelle (Par sa grâce), j’ai souvent partagé mon histoire aux femmes que j’aidais par courriel. Finalement, lorsque j’ai débuté la première mouture de ce blog, je m’étais mise en quête d’écrire mon témoignage dans une série d’articles qui n’a jamais été publiée. Je reprends donc mes brouillons de l’époque que je vais retravailler afin d’en faire un article unique.  Je le précise afin que vous ne soyez pas surpris si vous voyez plusieurs détails tourner autour du sexolisme, bien que ce blog a maintenant une mission plus large.  Ça en parle d’abord, parce que c’est présent dans mon héritage familial et que ça l’a été dans mon mariage.   Également, parce que ce fut partout dans mon histoire et les épreuves que ça a apporté ont forgé la femme que je suis devenue et m’ont permis d’approfondir ma relation avec Dieu.

Je n’ai jamais trouvé facile d’écrire mon témoignage, car il y a forcément d’autres personnes impliquées, des gens avec lesquels j’ai partagé ma vie que ce soit pour un bref moment ou sur une longue période. Je ne peux écrire mon histoire sans aborder des éléments qui concernent ceux qui ont traversé ma route. Donc, à toutes ces personnes, je tiens à m’excuser à l’avance si vous lisez des choses qui vous déplaisent ou vous blessent. Cela n’est pas mon intention et je vais faire de mon mieux pour écrire avec le plus grand respect de tous.  Également, sachez que je ne partage rien sur ce blog qui concerne mon mari sans que celui-ci ne l’approuve.  Nous avons tous les deux décidé d’être ouverts face à nous-mêmes, face à notre vie, face à notre passé, car nous croyons à l’authenticité.  Je sais aussi que certains sont choqués de nous voir, mon mari et moi, aborder des aspects de notre vie privée publiquement, mais je crois qu’ils ne comprennent tout simplement pas notre démarche. Nous croyons qu’en tant que société, nous gagnerions tous à délaisser nos masques, à cesser de vivre pour les apparences, projetant une image fausse de bonheur constant, alors que plusieurs souffrent en silence sans jamais oser en parler.  Sachant que tout humain est pécheur, incapable de bien par lui-même et a besoin de la grâce de Dieu, c’est sans honte que nous choisissons de nous afficher tel que nous sommes, dans toutes nos défaillances.  Nous savons tellement que la moindre bonne chose dans nos vies nous vient de la grâce.

L’enfance

Quand je remonte à mes premiers souvenirs, j’étais une enfant joyeuse, pleine de vie, qui parlait beaucoup, mais aussi très sensible.  Dans mes toutes premières années, j’ai été bien entourée et beaucoup aimée.  Ma mère m’ayant eu alors qu’elle n’avait que 16 ans, il y avait beaucoup d’adultes ou d’enfants plus grands qui prenaient place dans ma vie : grands-parents, tantes et ma mère bien sûr.  J’ai donc grandit dans un monde de grands et je me plaisais avec les grands.  Cependant je me souviens également de la peine que j’avais, très jeune, de ne pas voir ma mère souvent.  Elle finissait ses études ou travaillait beaucoup pour pourvoir à mes besoins et comme toute adolescente de son âge, elle sentait le besoin de s’évader et d’avoir du plaisir quand elle avait un peu de répit.  Je sais qu’elle m’aimait beaucoup et qu’elle faisait de son mieux dans le contexte qu’elle vivait, mais j’ai le souvenir net d’avoir souffert de son absence.  Quant à mon père biologique, il n’était tout simplement pas dans ma vie.  Je crois que l’absence complète de mon père et celle répétée de ma mère ont contribué à créer des failles dans mon sentiment d’attachement et dans ma perception de ma propre valeur personnelle.  C’est devenu plus prononcé dans les années suivantes, mais je crois que ça a pris racine dès la petite enfance.

Quand j’ai eu 4 ans, ma mère a rencontré l’homme qu’elle allait marier par la suite et qui allait donc devenir mon beau-père.  Ils ont divorcés quand j’avais 17 ans.  Il a donc agit comme père de substitution dans la majorité des années de mon enfance.  Il m’a aimé comme sa fille et m’a traité comme tel depuis le début.  Mais tout comme ma mère, il venait d’un milieu dysfonctionnel dans lequel il avait été profondément blessé et bien mal équipé pour développer des relations saines ou tout simplement faire face à la vie.  Cependant, je ne doute pas un instant que ses parents, comme ceux de ma mère, ont fait du mieux qu’ils le pouvaient, avec les ressources qu’ils avaient, dans le contexte qu’ils vivaient.  Ici l’idée n’est pas d’accuser qui que soit, mais d’expliquer d’où viennent mes propres blessures, difficultés et handicaps relationnels.

Au début du mariage de ma mère, je me souviens de belles années.  J’étais l’enfant unique de parents assez heureux en mariage qui se construisaient une vie et semblaient plein d’espoirs.  Mon beau-père me traitait comme sa fille et s’en sortait très bien avec la petite fille de 4-5 ans que j’étais, pleine d’admiration pour lui.  Mais tout ce beau portrait de famille n’a pas duré.  D’autres enfants se sont ajoutés à la famille, les difficultés sont survenues, la relation de mes parents s’est détériorée.  Mon beau-père avait de la difficulté à faire face au fait que je grandissais et devenais plus complexe et il a réagit en prenant de la distance.  À peu près dans la même période, j’ai commencé à subir du rejet et de l’intimidation à l’école.  De tout ça est né un mal-être grandissant en moi.  N’étant pas capable de rationaliser ce qui se passait, j’associais mon mal-être à la maison au fait que je n’étais pas un enfant aussi légitime que mon frère et ma soeur.  Par conséquent, je me sentais de trop dans ma famille, comme l’élément discordant qui empêchait ma famille d’être « parfaitement heureuse » comme les autres que je voyais autour.  Je me disais aussi que c’était peut-être pour ça que les autres ne m’aimaient pas à l’école, je n’étais pas aussi « normale » qu’eux qui avaient leurs deux parents biologiques.  C’était à une époque où les familles divorcées ou reconstituées étaient rares.

On m’avait expliqué très tôt dans la vie que mon père biologique avait quitté ma mère avant ma naissance.  Ce fut d’ailleurs un élément avec lequel je me torturais mentalement.  Très jeune, j’avais une très forte propension à l’apitoiement, à me créer une immense bulle émotionnelle auto-destructrice à partir de petites choses.  Donc, du simple fait que mon père était absent, je me suis mise à m’imaginer que j’étais sans valeur puisque même mon père n’avait pas voulu de moi.  Et les gens de ma vie, sans le vouloir, faisait écho à ce sentiment de non-valeur.  À l’école, j’étais souvent l’objet de rejet, de moqueries et de mépris.  Mes parents, pris dans leurs propres problèmes grandissants et étant très occupés avec leurs entreprises comme le sont souvent les entrepreneurs, étaient de moins en moins disponibles.  D’ailleurs, il y a quelques années, ma mère m’a dit qu’elle n’avait aucune idée que j’avais été rejetée à l’école.  Et pourtant, ça a marqué mon enfance au fer rouge.

Vers le milieu de l’école primaire, plus rien n’allait dans ma vie.  Je me souviens que c’est à l’âge de 9 ans que j’ai eu mes premières pensées suicidaires sérieuses au point d’en parler à une camarade de classe.  Je subissais toujours de l’intimidation et mes parents se chicanaient de plus en plus.  Une fois, j’ai voulu leur demander de ne plus se chicaner et mon beau-père m’a crié dessus, me disant que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à aller vivre ailleurs.  J’avais 10 ans et j’ai alors fait une fugue.  J’ai marché en pleine nuit jusqu’au village d’à côté avant qu’on me rattrape.

C’est à 10 ans, alors que je n’avais pratiquement aucune estime de moi, que j’ai découvert les mystères de l’amour et de la sexualité.  C’est à la bibliothèque, alors que je lisais des magazines pour adolescentes, que j’ai découvert que plusieurs trouvaient du bonheur dans les relations avec les garçons et dans la sexualité.  J’étais fascinée.  J’ai demandé à ma mère de m’abonner au magazine et je les dévorais à mesure qu’ils arrivaient.  Je regardais des vidéoclips et écoutais de la musique qui incitaient à la romance.  Je visionnais à répétition les mêmes films romantiques et je lisais beaucoup de romans d’amour pour adolescente et même pour adulte.  Tout ça n’était pas sans conséquences.  Tout comme certains garçons apprennent la sexualité avec la pornographie, confondant ensuite la fiction avec la réalité, j’apprenais l’amour avec un monde imaginaire hors du réel.  Dans la vraie vie, il n’existe pas ce prince charmant, parfaitement beau, parfaitement romantique, parfaitement dévoué, qui s’exprime parfaitement, qui aime parfaitement et qui ne fait jamais rien d’imparfait.  Rajoutons à ça le fait que j’ai entendu toute mon enfance que les hommes ne pensent qu’au sexe.  À 10-12 ans, ma conception des relations hommes-femmes était déjà faussée et tordue.  Bien avant qu’on entende parler d’hyper-sexualisation des jeunes, à un âge bien trop précoce, j’étais prête à me lancer en quête de sexualité, pensant y trouver de l’amour.  Étant encore une enfant, je n’avais déjà plus toute mon innocence, trop pressée que j’étais de devenir une adulte.

Dans cette même période de ma vie, ma mère a commencé à fréquenter une église baptiste et m’amenait avec elle.  J’ai alors rencontré d’autres enfants de mon âge, mais ceux-là étaient différents.  Ils semblaient croire que j’étais intéressante et que j’avais de la valeur.  Je me suis sentie acceptée et aimée.

Ça m’a permis de prendre confiance en moi et de mettre fin à l’intimidation que je vivais à l’école primaire.  Les autres enfants pouvaient bien rire, je riais maintenant avec eux, me sachant aimée ailleurs.  Rapidement, ils ne virent plus vraiment d’intérêt à se moquer puisque je ne réagissais plus.  J’ai même développé des amitiés parmi ceux qui me rejetaient auparavant.  Ma dernière année à l’école primaire fut bien meilleure que toutes les précédentes.  J’avais des amis à l’école, j’avais des amis à l’église et même un petit copain.  Je me sentais tellement bien.  Ma mère venait de rencontrer Jésus.  La vie allait beaucoup mieux.

L’adolescence

Lorsque j’ai fait mon entrée au secondaire, c’était un tout autre monde.  Mes deux meilleures amies allaient à la même école que moi, mais elles sont rapidement devenues populaires alors que je ne l’étais pas du tout.  Cependant, à cause d’elles, j’étais acceptée dans leur cercle d’amis, mais je m’y sentais toujours à l’écart, rejetée, parfois moquée.  Je voulais tellement être acceptée d’eux que je me suis mise à tout faire pour leur ressembler.  Je me suis mise à m’habiller plus sexy, à me maquiller, à me coiffer à la mode, à modifier mes goûts, à sortir dans les discothèques, à fumer et même à consommer des drogues douces.  Mais tout ça, ce n’était pas moi.  Je ne collais pas dans cet univers et malgré tous mes efforts, j’en étais toujours rejetée.  Mon peu de confiance en moi gagnée à la fin du primaire s’est vite envolé.  Cette quête d’approbation a marquée toute mon adolescence.

À 13 ans, je désirais ardemment connaître mon père biologique.  Je n’avais pas vraiment de relation avec mon beau-père qui n’était pas souvent là, toujours au travail ou sorti avec ses copains.  L’amour d’un père, dans cette période critique de ma vie, me manquait beaucoup.  J’ai donc entamé des recherches, bien maladroitement, par moi-même, car c’était un sujet plutôt tabou chez moi.  Je l’ai retrouvé.  À quelques reprises, j’ai parlé  au téléphone avec lui et je l’ai rencontré une fois.  Il ne semblait pas vraiment intéressé à me connaître.  De plus, il insinuait des choses dégradantes par rapport à ma mère et j’en étais confuse.  À 13 ans, j’ai choisi de croire le parent qui avait toujours été dans ma vie.  J’ai alors décidé de ne plus le rappeler et il n’a pas tenté de me contacter non plus.  Mais j’ai souffert profondément de son rejet, de son peu d’intérêt envers moi.  Je me sentais sans valeur.  Cette année-là à la télévision, il y avait la série « Des fleurs sur la neige » dans laquelle Céline Dion jouait le rôle d’Élisa T., une enfant maltraitée.  J’avais enregistrée la chanson thème de l’émission, car elle me faisait penser à la peine que j’avais par rapport à mon père.  J’ai passé des soirées entières à pleurer sur les paroles : « J’ai mal à mon prénom, que vous ne dites pas.  Je meurs de la tendresse, que vous me refusez.  Pourquoi dites vous non, quand je vous tends les bras.  Et jamais un sourire, et jamais un baiser qui me laisse, le goût de vivre. »  J’avais une forte tendance à l’auto-dépréciation et il n’y avait aucun adulte assez présent pour s’en rendre compte ou pour m’offrir des outils adéquats afin de gérer mes peines.  Ils étaient eux-mêmes pris dans leurs problèmes et je ne m’ouvrais guère à eux.

Ma mère ne fréquentait plus vraiment l’église et réagissait bien mal à l’alcoolisme de mon beau-père qui la laissait seule avec les enfants et les responsabilités durant la majorité des week-end.  Ça rendait l’atmosphère un peu lourde, alors je me terrais dans ma chambre.  C’est dans cette période que j’ai surprise ma mère en train d’embrasser un autre homme que son mari et j’ai été tenu de garder ce lourd secret.  Ce fut le début de ma révolte envers Dieu, dégoûtée par l’hypocrisie que je voyais.  Les chicanes se multipliaient et je ne me sentais bien que dans ma chambre.  C’était devenu mon refuge.  C’est à cet époque que j’ai commencé à tenir un journal afin d’exprimer ce trop plein que je vivais.

À 13 ans, mes amies et moi nous nous tenions avec des garçons adultes.  Un soir, parce que je voulais désespérément être aimée, je me suis laissée embrasser pour la première fois par un garçon qui ne me plaisait pas du tout et qui a rompu avec moi la semaine suivante sous prétexte que ses amis me trouvaient laide.  Ce fut un autre dur coup pour mon estime personnelle.

Tous les évènements de cette année-là avaient réduit mon estime à néant.  Je me sentais à nouveau comme n’ayant aucune valeur.   Quand j’ai eu 14 ans, ma mère a quitté mon beau-père pour aller vivre dans l’appartement voisin de son nouveau copain.  Je me sentais souvent délaissée et sentais que ma mère s’appuyait beaucoup sur moi pour que je m’occupe de mon frère et de ma soeur, pendant qu’elle vivait son histoire d’amour.  J’étais de plus en plus révoltée.  Je me chicanais souvent avec elle.  Au printemps de mes 14 ans, à cause d’une erreur involontaire que j’ai commise, le copain de mon amie s’est mis à me détester.  Nous étions en sortie scolaire au parc d’attraction et toute la journée, il s’est montré très méchant envers moi, utilisant des mots extrêmement blessants, sans arrêt, jusqu’à m’en faire pleurer devant les autres.  Ce jour-là, j’ai décidé que je ne voulais plus vivre.  Sur le chemin du retour, j’écoutais en boucle dans mon baladeur de la musique très déprimante qui parlait de suicide et de mort.  Je suis retournée chez moi obsédée par une seule idée, en finir avec la vie.  Je me sentais comme une erreur de la nature, une enfant illégitime qui n’aurait jamais dû naître.  Ce soir-là, j’ai avalé tous les médicaments que j’ai trouvé dans la maison et espérais m’endormir pour ne plus me réveiller.  Mais au lieu de m’endormir, je me suis mise à me sentir vraiment mal.  J’ai paniqué et je suis allée retrouver mes amis qui étaient à la discothèque à quelques pas de chez moi.  Voyant l’urgence, ils ont tout de suite été chercher ma mère qui une fois arrivée sur les lieux, affolée, sur le coup de l’émotion, a réagit en me criant après, devant au moins une cinquantaine de jeunes présents.  Je me suis sentie encore plus nulle, incapable de réussir mon suicide, subissant une humiliation publique.  Le copain de ma mère, qui était ambulancier m’a donné les soins nécessaires et m’a évité d’aller à l’hôpital, mais le lendemain ma mère me mettait devant un ultimatum : ou elle allait me porter en psychiatrie ou j’acceptais d’aller vivre un mois dans une maison pour jeunes en difficulté.

Bien que je sois allée à la maison de jeunes à reculons, ça a marqué un tournant dans mon adolescence.  J’y ai appris à mieux me connaître, à faire du ménage dans ma tête et à mieux comprendre d’où me venait ce profond mal-être qui m’habitait.  Mais j’y ai développé une colère immense contre ma mère et une haine totale de Dieu, ayant l’impression que ma mère se servait de Dieu pour me manipuler alors qu’elle ne vivait pas ce qu’elle prêchait.  Je n’étais pas encore consciente de ma propre part de torts, du fait que je n’étais pas non plus toujours facile avec elle.  Je versais facilement dans le ressentiment et j’étais très colérique envers ma mère.  Durant mon séjour à la maison de jeunes, je me suis fait une très bonne amie qui vivait des choses semblables à moi et me comprenait.  Elle m’a aidé à reprendre confiance en moi et à retrouver le goût de vivre.

J’étais une fille très active.  J’aimais l’escalade, la randonnée, le plein air.  J’ai passé une partie de mon adolescence dans les piscines, faisant des cours de sauvetage et jouant au water-polo.  Je n’étais pas très bonne, mais je m’y plaisais bien.  C’est dans le cadre de ces activités que j’ai rencontré un garçon qui a meublé tout l’univers fantasmagorique de mon adolescence.  Je m’imaginais bien des choses à son sujet et me faisais une image de lui qui n’était pas vraiment réelle.  Ça me faisait du bien, me donnait le sentiment d’avoir de l’importance, d’être spéciale.  Dans le fond, c’est un peu comme ce que fait la pornographie chez les hommes.  Je vivais dans un monde imaginaire qui me faisait du bien, que j’entretenais volontairement, mais qui me décrochait du réel.  Je n’avais aucune notion de l’importance de la pureté, de garder mon coeur.

À l’automne de mes 15 ans, ma mère est retournée vivre avec mon beau-père.  Il avait arrêté de boire et avait découvert Dieu à travers les déjeuners des « hommes d’affaires du plein évangile ».  Nous avons d’ailleurs été, toute la famille, à une de leur conférence à Québec.  J’étais ravie de rater l’école et d’aller dormir dans un grand hôtel, mais je n’étais pas du tout intéressée par les choses de Dieu.  Je m’assoyais derrière et je m’ennuyais.  Une dame m’a remarqué et m’a offert un livre.  Ça m’a touché, et je l’ai lu quelques mois plus tard, par respect, sachant que la dame avait dépensé un bon montant pour me l’offrir.  Dieu s’est servi de ce livre pour venir me toucher et à la fin de ma lecture, j’ai donné ma vie à Dieu et je suis devenue chrétienne.  Dès lors, Dieu a commencé à me transformer petit à petit, mais il y avait beaucoup de travail à faire, car j’étais têtue et rebelle.

Je me suis alors mise à fréquenter le groupe de jeunesse le plus proche, dans une église pentecôtiste et j’allais aussi régulièrement à un centre catholique charismatique pour jeunes.  Ma mère se disait œcuménique et allait autant chez les catholiques que chez les protestants.  Pendant une certaine période, mes parents ont tenus des réunions de prières à la maison et j’étais touchée par l’impact que ça avait dans la vie de ceux qui y venaient.  J’étais aussi pleine d’espoir car je voyais ma famille prendre un bon chemin.  Mais ça n’a pas duré.  Dans les mois qui ont suivi, mon beau-père a rejeté Dieu, ce qui a rapidement eu un impact sur son caractère car il démontrait toutes les caractéristiques d’un alcoolique abstinent qui refuse de gérer l’aspect émotionnel de son problème et ma mère a recommencé à avoir des amants.  Leur mariage n’allait vraiment pas bien.  Mais j’ai persévéré dans ma relation avec Dieu.  J’avais réussi à connaître Dieu pour moi-même et j’avais compris que peu importe ce que font les humains, Dieu demeure le même.

Cependant ma relation avec Dieu était variable et changeante.  Je n’avais pas compris à quel point je devais rejeter le monde comme système de valeur.  Je continuais de rechercher l’approbation des autres, d’essayer d’être quelqu’un que je n’étais pas, continuant d’expérimenter les drogues et d’explorer certains aspects de la sexualité avec des garçons sans importance.  C’est un miracle que je sois demeurée vierge malgré tout.

Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne flattez point la chair dans ses convoitises. (Romains 13, 14)

À l’été de mes 16 ans, j’ai fait la rencontre d’un groupe de jeunes chrétiens à un évènement de l’église pentecôtiste que je fréquentais.  Nous sommes devenus de bons amis.  Bien que ces jeunes habitaient loin de chez moi, je me sentais tellement bien auprès d’eux que je voyageais souvent de longs trajets d’autobus pour aller les voir.  Je passais des week-ends entiers chez les parents de deux d’entre eux.  C’est là que Dieu m’a montré à quoi ressemblait une vraie famille chrétienne.  Ces gens m’accueillaient comme leur fille, s’intéressaient à moi et m’invitaient même manger au restaurant après l’église.  Je me sentais aimée et acceptée.  Je me sentais comme une des leurs.  J’avais soif de ça.  Ça a eu un grand impact sur ma vie chrétienne, tout comme l’amitié que je ressentais dans mon nouveau groupe d’amis.  Ils m’acceptaient comme j’étais sans que j’aie besoin de prétendre être quelqu’un d’autre.   Je prenais de plus en plus confiance en moi.

Ma rencontre avec mon mari

À 17 ans, j’étais devenue une jeune fille sûre de moi, passionnée, qui croquait dans la vie.  J’avais graduée comme sauveteuse plage et monitrice en natation, j’avais écris une nouvelle littéraire qui avait été publiée dans le cadre d’un concours.  J’avais aussi la piqûre des voyages.  J’avais fait un voyage d’immersion en anglais pendant 3 mois et un autre avec plusieurs jeunes de partout au Canada, me donnant un sentiment d’appartenance à mon pays et une ouverture sur les autres.  J’étais également allée visiter le Brésil, m’ouvrant les yeux sur la misère en voyant les bidonvilles, les enfants qui quêtent dans les rues, la malnutrition, mais aussi me délectant de découvrir une toute autre culture et me donnant ainsi  envie d’explorer le monde entier et peut-être même de devenir missionnaire.  Je rêvais de devenir une écrivaine globe-trotter, qui tout en oeuvrant comme missionnaire, raconterait ses aventures par écrit.

Je dégageais une toute nouvelle attitude et cela me rendait attirante.  Pour la première fois de ma vie, je m’apercevais que les garçons me tournaient autour.  Parmi ceux-là, il y avait Jean (mon mari).  Quand on s’est rencontré au centre catholique que je fréquentais, il m’a d’abord vu comme une fille inaccessible, trop confiante pour s’intéresser à un garçon comme lui, mais en apprenant à me connaître, il  a réalisé que j’étais une fille simple et accessible.  Nos liens se sont aussi créés à-travers nos passions communes dont celle de la musique.  J’étais si admirative devant son talent naturel qui éclipsait tout ce que j’avais appris pendant des années de cours de piano.  Et il me faisait tellement rire, c’était un garçon plein d’humour, rempli d’une joie contagieuse.  Ses contacts envers moi étaient empreints de tendresse.  Il les croyait discrets et moi je n’osais pas me faire d’idées à leur sujet, connaissant mon imagination débordante.  Un soir, nous sommes sortis « en amis ».  Nous nous balancions au parc en chantant des louanges.  C’était un soir plein de magie, nous étions amoureux sans oser nous dévoiler.  La semaine suivante, on se déclarait notre amour.  Je me souviens qu’avant de nous embrasser, nous sommes allés à la chapelle pour prier ensemble afin de consacrer notre union à Dieu.  C’était à la fois très spirituel et romantique.  Nous étions très heureux.  C’était en avril 1996.

Nous nous sommes revus le lendemain.  Jean semblait réticent aux contacts physiques, aux embrassades.  J’en étais attristée.  Je ressentais pourtant qu’il m’aimait et avait envie d’être avec moi, mais l’intimité lui faisait peur.  J’ignorais qu’il souffrait de dépendance sexuelle et qu’il en était seulement libéré depuis sa conversion dans les mois précédents.  J’ignorais aussi que par ma désobéissance, j’allais réveiller cet aspect sombre de lui.  En-dehors de ça, il était un amoureux passionné et très romantique.  Dès les premiers jours, il m’a promis qu’il ne briserait jamais mon coeur.  De nature sentimentale et naïve, je l’ai cru sur parole, rassurée, comme si ses mots avaient la valeur d’un serment définitif et inchangeable.  Nous étions tous les deux sincères, mais seulement nous n’avions  pas pleinement conscience de la nature de péché en nous.

Moins de 2 jours après que nous ayons consacrée notre relation à Dieu, elle a été souillée par l’impureté, bien que nous étions chrétiens et bien que nous savions tous les deux que Dieu n’approuvait pas.  Nous en étions à la fois réjouis et honteux.  Nous savions que nous faisions le mal, mais nous avons préféré faire taire notre conscience pour satisfaire les convoitises de notre chair.  J’ignorais l’ampleur des conséquences que notre désobéissance aurait, inconsciente que Dieu venait de délivrer mon futur mari des chaînes dans lesquelles je l’attirais à nouveau, celles du péché sexuel.

Il y a telle voie qui semble droite à l’homme, mais dont l’issue est la voie de la mort.  (Proverbes 14, 12)

Je me croyais au-dessus de mes affaires.  J’avais l’impression que je pouvais désobéir à Dieu sans que ce soit si grave.  Je me trompais moi-même.  J’avais été conditionnée pendant des années à croire que le sexe et l’amour sont l’ultime expérience.  Sans le savoir, j’en avais fait une idole et mon idole était plus importante que Dieu.  Après une semaine, j’ai convaincu Jean de faire l’amour.  Au début, il ne voulait pas.  Il me disait que ça lui faisait peur.  Je ne comprenais pas, car je savais qu’il n’en était pas à ses premières expériences.  Il me disait qu’il ne pouvait pas m’expliquer, mais que je devais le croire sur parole.  En réalité, il avait bien trop peur de me faire fuir en me révélant cet aspect sombre de sa vie.  Mais moi, faisant fi de ce qu’il me disait et de ce que Dieu en pensait, j’ai insisté et Jean a fini par accepter.  Une fois la porte du sexe ouverte, nous ne l’avons plus refermée.  Au début, ça a semblé sans conséquences.  Il était mon premier.  Il s’en sentait choyé.  Il me l’a écrit ensuite dans une fabuleuse lettre d’amour que j’ai lu en pleurant tellement j’étais touchée d’être autant aimée.  Son amour me renversait complètement.  Il m’écrivait des lettres qui faisaient chavirer mon coeur, me composait des mélodies d’amour, me traitait comme si j’étais la personne la plus précieuse au monde.  Je me sentais tellement choyée et aimée d’être sa copine. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit qu’il était l’homme de ma vie et que je voulais l’épouser.  Mais nous vivions dans le péché tout en prétendant aimer le Seigneur et ça nous a,  inévitablement, éloignés de Dieu tout en nourrissant en nous la nature de péché qui ne faisait que grandir.

Le méchant sera pris dans ses iniquités, et il sera retenu dans les cordes de son péché. (Proverbes 5, 22)

En se disant que nous allions nous marier éventuellement, nous sommes emménagés ensemble dans les mois suivants notre rencontre.  À 17 ans, je quittais mon foyer familial qui était sur le bord d’éclater, sans savoir que j’allais perdre à jamais toutes mes racines.   En effet, mes parents se sont divorcés et se sont mis à vivre dans leurs propres univers parallèles.  Ma mère a alterné les relations amoureuses avec des périodes de dépression.  Mon beau-père m’a renié lorsqu’il s’est aperçu que je m’entêtais à vouloir me marier à 18 ans malgré son désaccord.  Je n’avais effectivement aucun égard à l’autorité parentale que Dieu avait établi dans ma vie, pensant que mon opinion valait bien plus que celle de mes parents, ne réalisant pas qu’en faisant ainsi c’est à Dieu que je désobéissais.  Cependant, la réaction de mon beau-père était démesurée.  Il n’est pas venu à mon mariage, ne daignant même pas répondre à l’invitation.  Je me lançais donc dans la vie sans parents derrière moi.  Le choc était grand.  Venant de famille aisée, je n’étais pas habituée à vivre pauvrement.  J’étais très jeune, j’avais été gâtée matériellement et j’avais l’impression de m’être éduquée moi-même, donc inévitablement je partais avec un lourd bagage dysfonctionnel.   J’étais immature, centrée sur moi, paresseuse, présomptueuse, inconsciente de ma nature de péché.  Sans m’en rendre compte, l’amour était avant tout quelque chose que je prenais, tourné vers moi, dans le but de satisfaire mon profond besoin d’être aimée.  Je commençais la vie de couple avec une bien mauvaise attitude.  Nous passions nos journées entières ensemble, à flâner, à jouer à des jeux, profitant de la vie.  Tous les deux n’avions aucune réelle notion d’une vraie vie d’adultes responsables et encore moins de chrétiens.  Venant d’un milieu de travailleurs, je mettais de la pression sur Jean afin qu’il se cherche un emploi, mais venant quant à lui d’un milieu d’assistés sociaux, il faisait tout pour éviter la question.  Quant à moi, j’ai abandonné mes études et mon travail récemment trouvé pour vivre cet amour fusionnel sans barrière.  Nous étions pauvres, mais heureux.  Rétrospectivement, quand je nous regarde, je me dis qu’on avait tous les ingrédients pour que ça finisse en désastre.

Nous avions une vie sexuelle active, mais Jean en ressentait une très grande honte.  Ça l’amenait dans des périodes d’angoisse et de culpabilité intense.  À cause de ça, il décidait de notre vie sexuelle et je m’en sentais frustrée.  J’avais pris du poids dû à notre alimentation peu variée (notre budget nous condamnait à manger des pâtes la plupart du temps) et à l’arrêt de l’activité physique alors que j’étais très active auparavant.  Donc, parce que Jean contrôlait la fréquence de nos relations sexuelles, j’avais l’impression qu’il me rejetait à cause de mon poids alors qu’en fait il ne supportait pas de désobéir à Dieu, mais n’arrivait plus à lui obéir non plus.  J’ignorais que je contribuais au mécanisme de dépendance qui refaisait surface dans sa vie.  J’avais banalisé le péché sexuel et méprisé les voies de Dieu.  Je creusais sans le savoir, mon propre malheur à venir.  Sur le coup, j’ai cru qu’il nous suffisait de se marier et que tout irait mieux.  Mais j’ignorais que le péché sexuel avait déjà pris son emprise sur Jean.  La masturbation et les fantasmes étaient revenus.  Au niveau affectif, il commençait à devenir plus distant, ce qui inévitablement créait des conflits entre nous.  Nous nous étions aussi éloignés de Dieu, n’allions plus vraiment à l’église.  Nous fréquentions sporadiquement un groupe de jeunes catholiques et nous continuions de nous bénir tous les soirs avant de nous coucher.  Mais à part ça, notre vie spirituelle était plutôt éteinte.  C’est qu’évidemment, nous ne pouvions pas vivre dans le péché tout en demeurant proches de Dieu.  Bref, ça n’allait plus du tout, mais nous pensions qu’en nous mariant tout irait mieux.

Mais mon peuple n’a pas écouté ma voix ; Israël n’a pas voulu m’obéir.  Et je les ai abandonnés à la dureté de leur coeur, pour marcher selon leurs conseils. (Psaumes 81, 11-12)

Quatre mois avant notre mariage, je suis devenue enceinte.  Ça nous a poussé à déménager plus proche de ma famille.  Mais un mois avant de se marier, nous avons perdu le bébé.  J’en étais complètement dévastée.  Je m’étais attachée à ce petit être en moi et j’avais hâte de redevenir enceinte.

Les débuts de notre mariage

Avant de débuter le récit de nos années de mariage, je tiens à préciser qu’à-travers toutes les difficultés, il y a aussi eu des jours heureux et ce même dans les périodes les plus sombres.  La dépendance amène souvent ce genre d’alternance de bonheur intense et de malheur profond.  En fait, j’ai souvent eu l’impression de vivre dans une montagne russe émotionnelle, pouvant atteindre des hauteurs vertigineuses, des descentes rapides qui donnent envie de crier et des creux insoupçonnés.  Au-delà de mes convictions religieuses sur le mariage indissoluble, la principale chose qui m’a fait rester quand tout allait vraiment mal, c’est que j’ai toujours su quel homme de Dieu mon mari pouvait être sans la dépendance.  Il y a eu des périodes de plus grand désespoir où je pensais m’illusionner, où je croyais que c’était sans issue, mais en grande partie, j’ai continué de garder espoir.

En août 1997, à l’âge de 18 ans, j’unissais ma vie à Jean, pour le meilleur et pour le pire.  Nous étions jeunes, nous étions pauvres, mais nous nous aimions et étions décidé à nous marier et à régulariser notre situation devant Dieu.  Au début, aucun prêtre ne voulait nous marier.  Ils disaient que nous étions trop jeunes, que ça n’allait pas durer, mais devant notre insistance, il y en a un qui a finalement accepté.  Nous avons tout organisé du début à la fin, avec le peu de moyens dont nous disposions et la générosité de notre famille et de nos amis.  Nous avons organisé une cérémonie à notre image, approfondissant notre démarche devant Dieu.  On voulait se servir de notre mariage pour parler de Dieu à nos proches, à travers un programme de cérémonie qu’on remettait à nos invités et que nous avions soigneusement composé pour que tout pointe vers Dieu.  Nous étions pleinement conscients d’unir nos vies devant Dieu, de sceller une alliance définitive.

Bien que nous avions maintenant la conscience claire, nous nous sommes rapidement aperçu que nos problèmes demeuraient.  Jean continuait de décider de la fréquence de nos relations sexuelles et continuait de me rejeter souvent.  Ça empirait même au fil du temps.  Il devenait distant, semblait parfois vivre dans sa tête.  Je ne comprenais pas.  Je me sentais vraiment rejetée.  J’avais hâte d’être enceinte.  Mon mari et moi avions décidé qu’on aurait autant d’enfants que Dieu nous en enverrait.  Je pensais naïvement (et égoïstement) que d’avoir des enfants me soulagerait du vide ressenti dans mon mariage.  Je me rends compte aujourd’hui à quel point j’étais centrée sur moi, sur mon besoin de soulager mon mal-être.

Entre temps, la pauvreté m’a permis d’avoir un tout autre regard sur le monde.  Toute mon enfance, on m’avait mis en garde contre le « dangereux » centre-ville et voilà que j’y habitais et que j’apprenais à faire tomber les barrières des préjugés.  Plus encore, n’ayant que très peu de ressources, nous mangions chaque jour à la soupe populaire, côtoyant des sans-abris et d’autres gens aussi peu fortunés que nous.  Je suis reconnaissante pour cette année-là de ma vie, car j’ai appris à regarder les gens pour ce qu’ils sont, des humains comme moi, et à ne pas me fier à l’image que projette une personne.

Ne jugez pas sur l’apparence, mais portez un jugement juste. (Jean 7, 24)

Dans la même période, nous avions recommencé à aller à l’église.  Nous cheminions comme des catholiques très fervents, allant à la messe tous les jours, faisant des chapelets approfondis avec nos amis catholiques, faisant parti d’un groupe qui se réunissait pour prier au monastère des soeurs cloîtrées, rêvant d’aller en Yougoslavie où nous croyions que Marie apparaissait, oeuvrant auprès des jeunes du centre-ville.  Alors que nous étions complètement dysfonctionnels, que nous étions plein d’arrogance et perdus nous-mêmes, nous pensions pouvoir aider les autres en leur montrant la voie.  À un moment donné, nous avons même songé nous joindre à une communauté laïque catholique où nous allions faire régulièrement des retraites.  Ces gens nous ont aidé à cheminer comme couple et comme individus.  Notamment, ils nous ont dit avoir une parole du Seigneur pour nous (c’était des charismatiques), comme quoi nous étions plein de jugements sur les autres sans jamais nous voir nous-mêmes tel que nous étions.  Leur perception de ce que nous étions fut dure à entendre, mais ils avaient raison.  C’était vraiment l’état de notre coeur.

Car, si quelqu’un pense être quelque chose, quoiqu’il ne soit rien, il se séduit lui-même. (Galates 6, 3)

Durant une retraite de couple, il fut question de l’importance de ne pas garder de secret pour notre conjoint, d’être pleinement vrai, d’être pleinement connu de l’autre.  Ce soir-là, Jean m’a avoué pour la première fois son passé de problèmes sexuels.  Il en parlait au passé, comme si c’était réglé.  J’étais sous le choc.  D’abord, je n’avais aucune idée de toute cette dimension fantasmagorique de l’homme.  Et parmi ce qu’il m’avouait, il y avait des choses vraiment difficiles à entendre comme des fantasmes violents et un acte illégal qu’il avait commis.  Ça me faisait un peu peur, mais je voyais qu’il me faisait confiance, acceptant d’être vulnérable en me confessant un aspect très sombre de lui-même.   Je l’ai donc accueilli avec amour, tentant de me rassurer qu’il n’était plus la même personne.  Nous en avons beaucoup parlé et ça m’a aidé à mieux le comprendre, à mieux saisir pourquoi notre sexualité avait toujours été compliquée depuis le début.  Nous étions décidé à guérir tout ça ensemble.  J’avais l’illusion que j’allais tellement l’aimer et le comprendre qu’il en serait complètement guéri.  Mais j’étais bien naïve.

Désillusion

Deux ans après notre mariage, nous accueillions notre première fille dans notre famille.  Nous étions toujours aussi pauvres, sans emploi, habitant un logement miteux du centre-ville, mais nous étions plein d’espoir.  Notre foi catholique s’était approfondie et j’étais bien décidée à être une bonne épouse et mère au foyer.  J’avais surmontée ma paresse et j’essayais du mieux que je le pouvais, avec les moyens que nous avions, de nous faire un petit nid douillet pour notre famille.  Mon mari tentait plus activement de pourvoir à nos besoins.  Il a fait un stage dans une firme d’ingénieurs, ce qui a débouché sur un emploi au-dessus de nos espérances.   J’étais fière de lui.  Ayant été élevé par une mère assistée sociale qui craignait beaucoup d’être abusée par le système, il n’était pas facile pour mon mari d’en briser le cycle et d’entrer sur le marché du travail.  Le nouveau bébé, le nouveau travail, tout ça nous donnait beaucoup d’espoir.  J’aimais beaucoup mon rôle de mère au foyer prenant soin de ma famille pendant que mon mari pourvoyait et que tous ensemble nous servions Dieu.  C’était un beau projet de vie.  Les gens venaient chez nous et nous disaient ressentir la paix.

Jean travaillait beaucoup.  Il me disait devoir faire des heures supplémentaires et revenait tard tous les soirs.  Je me sentais très seule à la maison avec mon bébé, jour après jour.  J’avais parfois même l’impression de l’élever toute seule.  Mais j’étais reconnaissante que Jean travaille et je n’osais pas trop me plaindre.  De plus, il me disait que toutes ces heures accumulées allaient nous faire de belles vacances ensemble.  Après quelques mois, je lui ai demandé si on pouvait bientôt prendre les vacances dont il m’avait parlées.  C’est ce jour-là que j’ai découvert pour la première fois que mon mari me mentait.  Il a confessé n’avoir jamais fait de temps supplémentaire, mais avoir passé toutes ces soirées-là à consommer de la pornographie au bureau jusqu’à tard le soir.  J’étais dévastée.  Il était repentant et promettait de ne plus le faire.  Je lui ai donc pardonné, expérimentant néanmoins une profonde déception, le début de la perte de mes illusions.

Dans les mois suivants, ce fut une succession de rechutes et de mensonges.  Je ressentais une écrasante solitude et je voyais mon mari changer de plus en plus.  Je ne comprenais pas ce qui se passait, comment il pouvait me faire une telle chose.  Ne connaissant pas la dépendance sexuelle, je commençais à le croire méchant.  Lui aussi commençait à se croire méchant, possédé du diable, sans volonté.  Il oscillait donc entre les mensonges et les intenses émotions de repentances.

Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous dis, que quiconque s’adonne au péché, est esclave du péché. (Jean 8, 34)

Je me souviens d’une fois où, me réveillant en pleine nuit, je ne trouvais plus mon mari alors qu’on s’était pourtant couchés ensemble la veille.  J’ai laissé le bébé avec notre chambreur et je me suis rendue au bureau où il travaillait.   À 3h du matin, j’ai surpris mon mari en flagrant délit de porno nocturne.  Il s’était donc levé durant la nuit, et n’ayant pas encore de permis de conduire, avait traversé la ville en vélo pour aller consommer de la pornographie.  J’étais consternée et apeurée.  Ça me préoccupait vraiment tout ça, surtout avec les aveux qu’il m’avait faits de sa période très sombre qu’il avait eu avant de me connaître.  Cette nuit-là, j’ai ramené à la maison un mari honteux qui n’en revenait pas lui-même de s’être fait prendre ainsi.

Je me remettais beaucoup en question.  Je me croyais laide, indésirable, pas assez bonne.  Pourtant sexuellement, il avait tout ce qu’il voulait à volonté.   Je ne me refusais jamais.  Au contraire c’était plutôt lui qui se refusait constamment.  Je ne comprenais pas comment il pouvait préférer la porno au véritable sexe avec moi.  J’ai donc redoublé d’efforts pour me faire plus belle, plus sexy, mais ça ne changeait rien.  Il retournait constamment à la porno.  J’ignorais que le problème n’était pas moi, mais la dépendance.

Il s’était également mis à boire souvent avec son ami et ça me préoccupait, même si je n’en parlais pas trop.  Un soir qu’on recevait nos meilleurs amis à souper, alors que les hommes avaient beaucoup bu, une chicane a éclaté dans l’autre couple.  La femme a quitté la table et Jean l’a suivi dans l’autre pièce.  Il s’est mis à lui faire des avances, qu’elle a poliment déclinée.  Elle était sous le choc et m’en a parlé plus tard.  J’étais également choquée, mais aussi humiliée.  La porno c’était une chose, mais là, il essayait de me tromper, qui plus est avec ma meilleure amie, en trahissant son meilleur ami.  Quand je l’ai confronté, il a prétexté que c’était la faute de l’alcool qui le rendait plus sexuel.  Il s’est excusé et a promis de ne plus recommencer.

À l’époque, le gouvernement donnait des subventions pour acheter un ordinateur et le connecter à Internet.  Sans réaliser ce que nous faisions entrer chez nous, trop heureux de l’occasion inespérée de goûter à un luxe que nous n’aurions jamais eu les moyens d’avoir autrement, nous étions ravis de notre nouvelle acquisition.  Ce fut le début d’une période très sombre.  N’ayant plus besoin d’aller au bureau pour le faire, Jean consommait de la porno constamment, à mon insu.  Parfois il était pris de remords et se repentait, parfois il se faisait prendre, mais à chaque fois, il me montrait comment le démasquer.  Il espérait que je le freine là où il n’y arrivait plus.  Dans un sens, ça me rassurait, mais ça me campait de plus en plus dans un rôle de police, de déjoueuse de menteries.  En effet, il trouvait toujours des moyens de contourner les mesures de sécurité qu’il mettait en place.  Ce jeu de chat et de souris était vraiment aliénant et épuisant.  Il s’appuyait sur moi, m’entraînant à sa suite dans une roue relationnelle dysfonctionnelle, alors qu’il aurait dû s’appuyer sur Dieu.

Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Pécheurs, nettoyez vos mains ; et vous qui avez le coeur partagé, purifiez vos coeurs. (Jacques 4, 8)

Je continuais de chercher ce que je ne faisais pas de correct.  Je me suis dit que peut-être que je n’étais pas assez ouverte sexuellement et que si j’essayais de le comprendre au lieu de m’accrocher à des principes religieux, peut-être alors que ça irait mieux.  J’ai donc tenté à quelques reprises de regarder de la porno avec lui.  Je me sentais rapidement sale, comme un objet masturbatoire.  Lorsqu’il mettait de la pression, j’acceptais des pratiques qu’on ne retrouve que dans le porno.  Je voulais vraiment plaire à mon mari, mais je me sentais souillée, dégradée.  De plus, ça ne l’empêchait pas d’être très froid et distant, de me rejeter constamment.  Mon estime personnelle dégringolait.  Je ne me sentais pas assez bonne ou belle pour lui.  Je ne comprenais pas que le problème n’était pas moi.  Pourtant, dans ses moments de repentance, il me le disait que ça n’avait pas rapport avec moi, qu’il me trouvait belle et désirable, que même dans la porno il regardait souvent des femmes qui me ressemblaient.  Malgré tout, je me sentais moche, insuffisante, pas à la hauteur.  Je suis devenue enceinte de ma deuxième fille, ce qui n’a pas amélioré ma perception de moi-même, ressentant mon corps déformé par la grossesse et incapable de compétitionner avec  les stars du x.

Au milieu de ma grossesse, j’ai découvert des conversations Internet que mon mari avait eues avec une jeune femme.  Au début, ce que je lisais semblait anodin, mais rapidement c’était devenu sexuel.  Confronté, mon mari m’a dit que c’était sans importance et qu’il n’allait plus recommencer.  Cependant, il insistait pour que j’apprenne à connaître l’autre fille, me disant que ça nous ferait une bonne amie.  J’étais sceptique, mais il a réussi à me convaincre à force de manipulation.  J’ai donc commencé à échanger des courriels avec l’autre fille et Jean me montrait ceux qu’il échangeait avec elle, du moins les officiels, car j’ignorais qu’il en échangeait d’autres en cachette, des explicitement sexuels et amoureux.  Mais officiellement, nous devenions tous les trois des amis.  Nous sommes même allés en famille voir le vernissage de peinture de l’autre fille.  À la lumière de ce qui se passait réellement, c’était plutôt tordu d’amener sa famille voir sa maîtresse.  Et quand j’ai tout su, j’en ai été profondément humiliée.  Mais ça a pris un mois avant que je ne découvre le tout.

Un jour que je devais m’absenter pour la journée, Jean voulait aller visiter l’autre fille et à force d’insistance, j’avais fini par accepter.  Il devait y aller avec notre petite fille de 18 mois.  Quand je suis partie ce matin-là, j’ai laissé un homme joyeux et quand je suis revenue le soir, j’ai retrouvé un homme défait.  Ça a pris du temps avant que je réussisse à le faire parler.  Il a fini par m’avouer sa correspondance secrète avec l’autre fille, me disant qu’il était amoureux d’elle et qu’il l’avait embrassé (malgré la présence de notre enfant).  J’étais sous le choc.  J’étais enceinte de 8 mois et me sentait soudainement prisonnière de mon ventre.  J’aurais voulu laisser ma bedaine et fuir très loin de tout pour hurler ma douleur.  En plus, il ne semblait même pas désolé.  Il prétendait l’aimer.  Il était confus, disait nous aimer toutes les deux.   Être trompée c’est une chose, mais être trompée quand ça implique des sentiments, c’est insupportable.  C’est une douleur atroce, un rejet ultime.  Je ne pouvais pas croire qu’il puisse me faire ça, être ce genre d’hommes-là, être méchant à ce point.  En toute honnêteté, si je n’avais pas été enceinte jusqu’au cou avec un autre bébé à la maison, je l’aurais quitté.  Mais je n’avais pratiquement aucune ressource autour de moi pour m’aider dans cette transition.  Je suis donc restée.  J’ai convaincu l’autre fille de nous laisser tranquilles.  Elle vivait encore chez ses parents et n’avait jamais réalisé jusque là qu’elle allait détruire une famille.  Elle a compris ma peine, en était désolée et n’a pas poursuivi la relation.  Jean a fini par s’excuser de ce qu’il avait fait, me promettant de changer.  Cependant, il tenait fermement à rester ami avec elle.  J’ai bien tenté de l’en dissuader, mais il me manipulait et me disait que je brimais sa liberté, que j’essayais de le contrôler.  J’ai fini par céder par dépit, ignorant que quelques mois plus tard, lors d’une soirée, il irait jusqu’à tenter de séduire l’autre fille sous mes yeux pendant des heures.

À ce stade de notre relation, j’avais perdu mes illusions sur l’amour.  Je ne ressentais plus aucune motivation pour être la petite femme de maison qui prend soin de sa famille.  L’amertume grandissait en moi et je commençais à me révolter contre Dieu et contre tout.  Je me campais dans le rôle de la victime, pleurant les profondes injustices de ma vie.  Je me souviens que cet été-là, la chanson « J’te mentirais » de Patrick Bruel jouait souvent à la radio : « J’te mentirais, si j’te disais au fond des yeux, que tes larmes ont tort de couler, que cette fille ne fait que passer.  Vite, je tombe.  Est-ce que tu m’regarderas?  Est-ce que tu seras en bas, pour m’emmener là où je n’ sais pas, là où je n’vais pas ? Alors, vite, je tombe, comme un pantin sans fil, trop libre et trop fragile.  Je cherche ta main dans les nuages, pour chasser son image. »  Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à écouter cette chanson sans pleurer.

Remarquez ici les sourires faux, affichant un faux bonheur pour les autres.

Mais Jean s’est mis à se reprendre, à déployer beaucoup d’efforts pour se racheter de l’épisode d’infidélité.  Je me suis sentie bien et rassurée durant un mois, jusqu’à mon accouchement.  En septembre 2000, je mettais au monde ma deuxième fille.  Mon mari avait été merveilleux tout le temps de l’accouchement.  Je me sentais bien, je pensais que les beaux jours allaient revenir.  Mes désillusions m’ont rattrapé assez vite.  Le lendemain, moins de 24h après mon accouchement, en début de soirée, alors que j’attendais Jean d’une minute à l’autre, la gardienne m’a appelé en colère car mon mari n’était pas venu chercher notre fille.  J’ai tenté de le rejoindre.  Ça sonnait occupé.  À l’ère de l’Internet basse vitesse, cela voulait dire qu’il était en ligne, probablement à regarder de la pornographie.  Je n’en revenais pas qu’il puisse me laisser tomber comme ça.  Après avoir tenté de le rejoindre un certain temps, j’ai dû me résoudre à demander à ma grand-mère d’aller rappeler à mon mari qu’il avait des responsabilités.  C’était totalement humiliant.  Alors que dans la chambre d’hôpital, les autres couples recevaient leur famille avec joie, je tentais d’étouffer mes larmes derrière mon rideau.  Je me sentais anéantie, humiliée et très en colère.  Ignorant ce qu’est la dépendance, et ignorant que mon mari était dépendant, je ne savais pas que les émotions intenses, même positives, pouvaient être un déclencheur.

Colère, dépression et amertume

Je n’avais jamais parlé à ma famille de mes problèmes avec mon mari, ni à personne d’ailleurs.  Je gardais tout pour moi.  Je trouvais ça bien trop honteux et je ne voulais pas salir l’image de mon mari.  Mais en demandant à ma grand-mère d’aller chez nous rappeler à mon mari qu’il devait s’occuper de sa famille, j’ai dû expliquer ce qui se passait.  Et là, c’est comme si j’avais ouvert une digue qui retenait le flot d’amertume en moi.  J’avais l’impression que mon mari m’avait fait tellement de torts que j’étais maintenant justifiée d’en parler à qui je voulais.  Je me suis mise alors à en parler à plein de gens, comme si j’espérais le faire souffrir autant que je souffrais.  Je suis devenue une femme très en colère, lui disant à la moindre tension, toutes les bêtises qui me passaient par la tête, le rabaissant, le traitant comme le pire des hommes.  J’étais tellement imbue de moi-même, ignorant ma propre nature déchue, me voyant bien au-dessus de lui alors que par ma colère, j’étais justement en train de prouver que je ne valais pas mieux.  J’avais autant besoin de repentance que lui.  Je me disais que j’en avais assez de jouer à la bonne épouse.  J’ai décidé qu’il allait devoir changer, faire ses preuves, se racheter.  Je comptabilisais ses offenses contre moi et les marchandais contre des faveurs, me disant qu’il me le devait bien.  Je l’aimais de moins en moins et avais de plus en plus de mépris pour lui.

Quelqu’un de coléreux provoque des disputes et fait beaucoup de péchés. (Proverbes 29, 22)

À l’automne 2000, tentant de comprendre pourquoi mon mari était si méchant, j’ai fait des recherches sur Internet.  C’est là que j’ai découvert pour la première fois ce qu’était la dépendance sexuelle.  Jusque-là, nous ignorions tous les deux qu’une telle dépendance puisse exister.  Ça nous a soulagé, nous a aidé à mieux comprendre et nous a donné de l’espoir.  Pour un certain temps, les choses se sont mises à aller mieux.  Jean disait vouloir s’en sortir.

Nous fréquentions un forum de jeunes chrétiens sur Internet et nous y avons eu des débats sur les différences entre catholiques et protestants.  Nous commencions à comprendre les erreurs de l’église catholique et ce que Dieu attendait vraiment de ses fidèles.  À force de discussions, après plusieurs appels téléphoniques avec des chrétiens protestants du forum, nous avons compris que le protestantisme était beaucoup plus proche de ce qu’enseigne la Bible que l’église catholique et avons décidé de devenir protestants.  Nous avons alors commencé à fréquenter une église pentecôtiste, au début comme catholiques puis éventuellement comme pentecôtistes assumés.

Pendant ce temps, mon mari tentait de combattre sa dépendance.  Il a d’abord entrepris un programme Internet appelé « Setting Captives Free » (libérez les captifs), mais il a abandonné au bout de quelques temps disant que c’était trop lourd, alors qu’en réalité il avait rechuté.  J’avais conjointement commencé le programme offert sur le site pour les épouses.  Mais je n’arrivais pas à pardonner et à aimer comme c’était suggéré.  Je trouvais ça bien trop injuste.  J’avais eu des échanges courriel avec la dame qui me mentorait à ce propos.  Dans son désir de m’aider, elle m’a envoyé par la poste le livre « The excellent wife » (l’épouse excellente) de Martha Peace.  Je n’étais pas très motivée à lire un livre en anglais, alors je l’ai mis de côté.  En fait, je n’étais pas très motivée à travailler sur moi-même, trop convaincue que le véritable problème était mon mari, pas moi.  Alors quand ce dernier a arrêté le programme, je l’ai arrêté aussi.

Puis mon mari a commencé à aller aux Sexoliques Anonymes à Montréal.  N’étant pas très fortunés, ça nous causait beaucoup de frais, mais on se disait que ça valait la peine.  À cause de la nature tabou de cette dépendance, il fallait d’abord téléphoner avant d’obtenir le lieu de la réunion.  Quand Jean a téléphoné pour la première fois, ils ont dit quelque chose qui nous a marqué : « Vous faites bien de nous appeler, car la dépendance mène soit à la prison, à la folie ou à la mort. »  C’était plutôt intense comme affirmation, mais après la première rencontre, Jean a compris pourquoi.  Il a entendu des gens dont la vie était complètement détruite par la dépendance sexuelle, des gens qui avaient tout perdu (famille, travail, dignité), certains qui, au moindre déclencheur, avaient une envie incontrôlable de consommer une prostituée, d’autres qui avaient commis des crimes sexuels.  C’était une dépendance aussi destructrice que la toxicomanie ou le jeu compulsif, mais pourtant si tabou et cachée.  Le toxicomane, l’alcoolique ou le joueur compulsif laissent des traces de leur problème, mais quand le dépendant sexuel commence à laisser des traces, il est souvent gravement atteint.  Jean, probablement parce que sa conscience tourmentée le freinait, n’avait pas encore dégringolé aussi creux, mais néanmoins il n’était pas prêt à s’en sortir.  Après quelques réunions, il a prétexté qu’on n’en n’avait pas les moyens, a cessé d’y aller  et à recommencé à rechuter.  Cette fois-ci, il ne démontrait plus de motivation à vaincre sa dépendance.  Il prétendait que oui, mais rechutait de plus en plus sans vraiment faire l’effort d’arrêter.

Je commençais à caresser l’idée de quitter mon mari, de refaire ma vie.  Bien qu’étant chrétienne, je ne saisissais pas bien l’appel de Dieu à porter ma croix.  J’avais fait de l’amour une idole que j’avais érigée au-dessus de Dieu et mon mari ne répondait plus à mon besoin d’amour.  Je me suis alors cru justifiée de trouver quelqu’un d’autre pour le faire.  Sans le réaliser, je m’apprêtais à reproduire dans ma vie, les mêmes erreurs que ma mère.  J’avais un ami que je trouvais attirant et qui semblait beaucoup m’apprécier.  Son attention mettait du baume sur les blessures causées par l’indifférence de mon mari.  Dans mon coeur, j’avais déjà des pensées infidèles, je m’imaginais dans une autre relation.  Quand nous visitions cet ami, je vivais dans un univers fantasmagorique romantique parallèle que j’idéalisais et qui me permettait d’échapper un moment à la difficile réalité de mon quotidien.   Encore une fois, on voit un effet similaire à celui de la pornographie chez les hommes.  Mais heureusement, dans cette période, j’ai lu un livre pour enfants-adultes d’alcooliques qui s’intitulait : « Jamais cela ne m’arrivera ».  Il faisait référence au fait d’entretenir une pensée magique selon laquelle nous allions assurément faire bien mieux que nos parents.  Or, j’y avais lu que même en quittant un mariage avec un dépendant, si nous refusions de travailler sur nous-mêmes, nous retournerions exactement dans le même genre d’union.  En y réfléchissant, j’ai trouvé que ça faisait beaucoup de sens.   À la fin de ma lecture, j’étais résolue à poursuivre mon mariage.  L’avenir m’a ensuite démontré que l’ami que je trouvais attirant était tout autant dépendant que mon mari.

Au fil du temps, une dépression post-partum accentuée par le stress de mes problèmes matrimoniaux s’est mise à m’envahir de plus en plus.  J’avais beaucoup de mal à l’accepter car pour moi, ça voulait dire être comme ma mère, c’était un signe d’échec.  Quand je me suis résignée à consulter, on m’a diagnostiqué une dépression sévère avec troubles d’agressivité.  J’allaitais encore ma fille et je ne voulais pas me soigner aux antidépresseurs, alors je me suis tournée vers les produits naturels.  J’étais l’ombre de moi-même, n’arrivant plus à m’occuper ni de mes enfants, ni de moi-même.  Mon mari a été forcé de quitter son emploi pour prendre soin de nous.  Je sentais que ma vie était un échec lamentable et j’avais à peine 22 ans.  Mais j’étais une battante et je me suis mise à prendre tous les moyens pour m’en sortir.  J’ai lu des livres sur le sujet et j’ai adopté les trucs que j’y lisais.  J’ai décidé de consulter une travailleuse sociale pour parler de ce que je vivais et cela m’a amené à m’inscrire à quelques cours au CLSC : confiance en soi, estime de soi, gestion du stress, communication.  J’ai alors commencé à aller mieux, à être moins dépressive.  Mais la psychologie, étant beaucoup tournée vers le soi, vers nos besoins, nos limites, etc., elle amène les relations à devenir davantage des contrats qu’on rompt lorsque l’autre partie ne remplit pas sa part, plutôt qu’une occasion de témoigner l’amour et la grâce que nous avons reçus de Dieu alors que nous ne le méritions pas.  Ça m’a donc amené à amplifier ma colère et mon amertume.  J’étais en train de changer et mon mari refusait toujours de le faire.  Je le méprisais pour ça, me sentant justifiée.  Je ne comprenais toujours pas qu’il préférait des heures de porno à une vraie relation avec moi.  J’étais lasse de pleurer toute seule dans mon coin, pendant qu’il m’ignorait.  C’est là que j’ai commencé à me sentir justifiée de me venger.

Veillant à ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu ; à ce qu’aucune racine d’amertume poussant dehors, ne vous trouble, et que plusieurs n’en soient infectés.  (Hébreux 12, 15)

Vengeance et profonds regrets

J’avais l’impression qu’il n’y avait que de la colère qui circulait dans mes veines, comme si c’était le moteur de ma vie.  Je faisais mienne une chanson de Garou qui était populaire à ce moment-là, même si je ne donnais pas le même sens aux paroles : « Que l’amour est violent, mais violent par dedans.  L’amour est violent, violent comme un volcan, violent par dedans. »  J’écoutais cette chanson à répétition et elle nourrissait mon désir grandissant de vengeance.  Mon mari était le seul homme avec lequel j’avais couché.  Je ne l’avais jamais trompé, je ne lui avais jamais menti, mais lui me trompait et me mentait constamment.  J’ai alors décidé que j’allais lui rendre la monnaie de sa pièce, lui montrer comment ça fait mal.  Je lui ai alors présenté mon plan diabolique… s’il était d’accord, nous allions nous accorder quelques semaines de « liberté » durant lesquelles nous pourrions coucher avec d’autres.  Secrètement, j’espérais qu’il refuse, voulant me garder pour lui seul.  Mais le dépendant en lui a trouvé que l’occasion était en or.   Je m’illusionnais, me disant que puisque nous étions d’accord, ce n’était pas de l’infidélité.  Mon mari était peut-être d’accord, mais certainement pas Dieu.  À l’ère de l’Internet, étant une femme, ça n’a pas été difficile de trouver des occasions, contrairement à mon mari.  Je me souviens que je me préparais à tromper mon mari et que lui me regardait faire avec une complète indifférence.  J’en étais tellement blessée.  J’aurais tellement voulu qu’il m’arrête, qu’il me dise que ça n’avait pas de sens, qu’il ne voulait pas me partager.  Mais l’expectative de faire pareil le grisait trop.  Ma colère n’en fut que plus grande.  Je suis la seule à avoir été jusqu’au bout et je l’ai payé durement et longtemps, car mon mari s’en est longtemps servi pour justifier ses propres péchés.  Je n’ai qu’un très vague souvenir du nombre d’hommes avec qui j’ai couché durant cette période.  Ça ne m’importait peu, j’étais comme dans une transe de colère.  J’ai passé une partie de cette été-là à négliger ma famille et à vivre comme une adolescente rebelle, sortant tard, consommant de la drogue, couchant avec des inconnus, faisant des choses dont je ne m’aurais jamais cru capable.  Puis un jour, je me suis vue en face, dans toute la laideur de mon péché et je me suis dégoûtée moi-même.  J’étais certes sortie de la dépression, mais je me sentais sale et je me faisais horreur. Cette courte période de ma vie fut parmi mes plus grands regrets.  Ce fut aussi un moment révélateur de ma propre nature déchue.

Accrochés à Dieu

C’est une des très rares photos de moi que j’ai à cette période de ma vie.

Complètement dégoûtée de moi-même, je me suis tournée vers Dieu, me sentant très indigne de sa grâce.  Mon mari a également vécu une période de repentance simultanément.  Toute cette histoire l’avait blessé plus qu’il ne voulait l’avouer et il était conscient d’en être en partie responsable.  Nous voulions reprendre le droit chemin.  Nous reconnaissions que nous avions besoin de Dieu pour y arriver.  Nous avons donc recommencé à fréquenter l’église pentecôtiste où nous allions et nous nous y sommes faits baptiser à la fin de l’été.  J’étais alors convaincue que Dieu allait régler tous nos problèmes.  Nous avions parlé au pasteur de ce que nous vivions et chaque semaine, nous nous avancions durant l’appel à la fin de l’assemblée.  On nous imposait les mains, on priait sur nous.  Nous vivions d’intenses moments émotionnels avec le Seigneur, mais nos vies demeuraient inchangés.  On avait besoin d’entendre parler de repentance.  Je comprends aujourd’hui que Dieu voulait nous amener à reconnaître nos faiblesses respectives, il voulait nous changer tous les deux.  Mais malgré l’été débauché, j’avais recommencé à me sentir justifiée et à croire que Jean était le seul qui devait changer.  Après tout, je me disais que je renonçais au péché alors que lui continuait d’y vivre, que je n’aurais jamais fait ça s’il n’avait pas été comme ça, etc.  Bref, j’étais très imbue de moi-même, ne réalisant pas mon grand besoin d’être purifiée et lavée par le sang de Christ.  Néanmoins, je continuais de m’accrocher à Dieu, espérant un miracle dans mon mariage.

Entre-temps, j’étais devenue la famille d’accueil de ma soeur adolescente qui avait aussi beaucoup de problèmes.  La période durant laquelle elle fut chez nous m’a aidé à comprendre beaucoup de choses sur moi-même, ma famille et la dépendance.  Je n’élaborerai pas par respect pour ma soeur, mais ce fut une période révélatrice pour moi, quoique très difficile.  Je n’avais pas les outils nécessaires pour m’occuper, à 23 ans, d’une adolescente rebelle en même temps que de très jeunes enfants au milieu d’un mariage difficile.

Dans la même période, je me suis mise à me questionner sur pourquoi j’avais marié un dépendant sexuel alors que l’alcoolisme était beaucoup plus présente dans ma famille.  J’avais d’ailleurs été très vigilante afin de ne pas marier un alcoolique, comprenant bien la problématique.  Or, j’ai découvert que la dépendance sexuelle, étant plus cachée était moins facile à détecter.  Au fil de ma vie adulte, les morceaux du casse-tête se sont assemblés et j’ai réalisé que la dépendance sexuelle avait aussi été très présente dans mon histoire familiale, seulement je ne l’avais jamais réalisé.  C’est environ dans cette période que j’ai commencé à me dire que j’allais tout faire pour ne pas léguer cet héritage maudit à mes enfants.  Mais je n’avais encore aucune idée de comment j’allais m’y prendre.

Car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.  (Exode 20, 5-6)

Au quotidien, je me sentais extrêmement seule, n’avais plus d’amie.  Quand on vit avec un dépendant, ça devient un réflexe de s’isoler, d’abord parce que la honte ne cesse de grandir, mais aussi parce qu’un conjoint très changeant ne permet jamais de prévoir des choses à l’avance, car on ne sait jamais quelle crise ou quel état émotionnel intense nous attend au tournant.  Alors je m’engouffrais dans la solitude.  À un moment donné, en lisant Tite 2 (dans la Bible), j’ai eu envie d’avoir un mentor, une femme plus âgée qui allait m’aider à grandir comme chrétienne.  J’en ai fait la demande à mon église et c’est malheureusement resté sans réponse.  À 23 ans, sans avoir eu aucun modèle de vie chrétienne, j’avais tellement besoin qu’on m’aide.  Je ne me sentais pas à la hauteur des gens de l’église que je côtoyais.  Ils avaient tous l’air d’avoir une belle vie proche du Seigneur, alors que la mienne était si honteuse.

Au lieu du miracle que j’attendais, les choses se sont dégradées dans mon mariage.  Mon mari vivait de plus en plus dans la dépendance, rechutant très souvent.  Un jour, il m’a annoncé qu’il ne croyait plus en Dieu et qu’il n’irait désormais plus à l’église.  J’étais dévastée.  Dieu me semblait être le seul espoir que mon mari change.  J’avais l’impression que Dieu me laissait tomber, qu’après toutes les prières qu’on lui avait faites,  il me le devait bien de changer mon mari et pourtant il ne le faisait pas.  Je ne comprenais tellement pas qui était réellement Dieu et ce qu’il voulait faire dans MA vie.  Un peu déçue de Dieu, mais surtout trop honteuse pour retourner à l’église toute seule avec mes enfants, j’ai cessé d’y aller.

Descente aux enfers et lueur d’espoir

Une période très sombre de ma vie a alors commencé.  Je tiens à préciser que dans ce chapitre de ma vie, il faut garder en perspective que la dépendance modifiait considérablement la personnalité de mon mari.  Quiconque est pris dans l’enfer de la dépendance peut devenir le pire des humains pour un temps sans que ce soit représentatif du reste de sa vie.  Cela étant dit, c’était une période très ténébreuse.  Je n’avais plus d’espoir et la dépendance ne cessait de grandir.  Mon mari consommait de la pornographie ouvertement, à journée longue, n’ayant plus de religion pour le freiner.  Il a commencé à chercher activement à me tromper, se sentant justifié par mes péchés passés.  Il sortait souvent dans les bars, buvait, passait des jours entiers enfermé dans une pièce avec son ordinateur.  Il m’ignorait complètement la plupart du temps ou quand il s’intéressait à moi c’était pour m’inciter à des choses sexuelles que je ne voulais pas, des pratiques de plus en plus tordues.  Pathétiquement, parfois je l’ai suivi dans certaines de ces lubies juste pour qu’il s’intéresse à moi plus longtemps.  Il n’était pas non plus très présent pour nos enfants et se défilait devant les responsabilités.  D’ailleurs, sans travail, nous vivions très pauvrement et je devais aller chaque semaine dans les banques alimentaires pour qu’on puisse se nourrir adéquatement.  J’étais épuisée mentalement.  J’ai commencé à envoyer les enfants à la garderie et je sombrais de plus en plus dans un désespoir profond.  Je pensais souvent au suicide.  Dans cette période de ma vie, une des plus sombres, mon mari agissait comme un narcissique-manipulateur type, ayant même des périodes de violence envers les objets.  Je devenais l’ombre de moi-même.  J’avais perdu tout repère de ma valeur personnelle.  Je ne vivais que pour survivre à chacune de mes journées.

De plus, je n’avais personne en-dehors de ma grand-mère pour discuter.  Celle-ci avait une très grande écoute, mais ne pouvait guère m’aider.  Dans la même période, ma mère s’est mise à avoir des troubles psychiatriques et j’ai dû la faire hospitaliser, ce qui n’est vraiment pas une chose facile.  Peu de temps après que ma soeur soit partie vivre avec son copain, je suis devenue tutrice de mon frère adolescent.  Bref, non seulement je n’avais pas de ressources parentales, mais je me retrouvais avec les responsabilités de mes parents, alors que je m’écroulais sous le poids de ma propre vie.

Un jour, alors que je pensais de plus en plus au suicide, mais ne pouvant me résoudre à faire une telle chose à mes enfants, j’ai décidé d’agir.  J’étais consciente de vivre une situation de violence psychologique et émotionnelle.  Je voulais quitter mon mari, mais il ne cessait de rire de moi, me disant que je n’en aurais jamais le courage.  J’étais effectivement tellement démolie intérieurement que je ne savais pas par où j’allais commencer.  Je n’avais personne pour m’aider, aucune ressource.  Je suis donc allée à une maison pour femmes battues afin de discuter avec une dame.  Ça m’a fait un grand bien.  Je me sentais en confiance et je suis retournée chez moi pour faire mes valises.  Mon mari repentant m’attendait et m’a supplié de ne pas partir.  Je suis restée et pour quelques jours tout a bien été.  Mais ce fut de courte durée.  Ne comprenant pas ce qu’est la dépendance sexuelle, la dame de la maison pour femmes battues a fait un signalement à la protection de la jeunesse et à la police.  Après ce jour, je n’ai plus eu confiance en aucun intervenant.  Heureusement, les rencontres se sont très bien passées et les dossiers ont été fermés.  Mais quelle honte j’ai vécu!

J’ai commencé à aller dans un groupe Al-Anon (pour conjoints d’alcooliques).  Même si l’alcool n’était pas la dépendance de mon mari, les patterns étaient les mêmes.  Ça m’a fait beaucoup de bien.  J’ai commencé à changer, à travailler sur moi.  Mon mari n’aimait pas ça du tout, car je refusais maintenant de tourner dans les mêmes cercles vicieux avec lui.  J’essayais de me sortir la tête hors de l’eau et par moment, j’allais mieux.  Pendant ce temps, Jean avait découvert la « science du succès », les conférenciers comme Anthony Robins.  Ça lui donnait l’espoir de s’en sortir, car même s’il n’était pas réellement prêt à le faire, une partie de lui vivait constamment avec un poids de honte énorme et voulait s’en sortir.  Ça m’a aussi fait du bien.  Étant alors loin de Dieu, j’ai reporté mon espoir sur la science du succès pour nous sortir de nos problèmes.

Dans la même période, on a pris une grande décision.  Comme nous devions nous reloger et qu’en pleine crise du logement personne ne voulait louer à des gens ayant des enfants, nous avons décidé de déménager en région.  Nous avons choisi la Gaspésie.  J’espérais que ce soit un nouveau départ pour une nouvelle vie.  Je me disais qu’en campagne, mon mari aurait moins d’occasion de me tromper.  Nous nous sommes achetés une maison, avons signés tous les papiers.  Nous étions excités de partir à l’aventure vers un nouveau départ.  Mais deux semaines avant le déménagement, mon mari m’a annoncé qu’il ne m’aimait plus, qu’il voulait divorcer et qu’il ne partirait plus avec nous.  Ce fut un choc terrible.  Nous nous étions déjà engagés, il était trop tard pour reculer.  Mais Jean, qui vivait en-dehors de la réalité, ne se sentait pas du tout lié par ce contrat de maison.  Il allait me laisser partir seule avec nos jeunes enfants à 1000km de ma famille, là où je ne connaissais personne, dans une maison centenaire avec de grands besoins de rénovation.   Je ne pouvais pas croire qu’il me fasse une telle chose.  Je le détestais d’être si égoïste.  Il est parti pour une nuit, puis est finalement revenu, repentant.  Je crois que la nature dépendante en lui, celle qui espérait passer à l’acte, réalisait que ce serait beaucoup plus difficile dans le fond de la campagne, là où tout le monde connaît tout le monde.  C’est un exemple parmi tant d’autres de la dualité de personnalité du dépendant.  L’homme dépendant voulait fuir et garder toutes ses options ouvertes, tandis que l’autre partie de lui, celle qui aimait sa femme et ses enfants, était arrêté par sa conscience.

Nous sommes donc déménagés, plein d’espoir que cette nouvelle vie allait redonner un nouveau souffle à notre mariage.  C’était effectivement une bouffée d’air frais.  Le dépaysement, loin du stress de la ville, nous faisait du bien.  Nous avons passé l’été comme dans une maison de vacances avec une superbe vue sur la mer, faisant des activités de plein air avec nos enfants.  Déjà à cette époque, on rêvait d’une fermette, de se bâtir une vie à la campagne.  On sentait qu’on pourrait être heureux.  Mais ce fut de courte durée.  Jean a recommencé à s’enfermer avec son ordinateur.  De plus, il lisait Wayne Dyer (un mélange de science du succès et de nouvel-âge).  Quand je me sentais affectée par sa dépendance, il se détachait émotionnellement et me disait que j’étais responsable de ma vie et de mon malheur, que j’avais choisi de rester et que je devais l’assumer.  C’était tellement insultant et ça me mettait en colère.  Il se déculpabilisait du mal qu’il me faisait de façon à pouvoir m’ignorer davantage.  C’était pratique pour lui, il pouvait agir comme le pire des maris et s’en laver les mains complètement.  Bien que c’était totalement injuste de sa part de réagir ainsi, la colère que ça a engendré en moi m’a poussé vers le changement.  J’ai recommencé à travailler sur moi, à lire la littérature Al-Anon et à lire des livres sur la dépendance affective.  C’était une période où nous vivions chacun de notre côté, isolés dans nos mondes respectifs.  Rapidement, les problèmes de la maison que nous avions achetée nous ont vite accaparé.  Elle n’était pas assez chaude pour l’hiver et nous avons souvent manqué d’eau courante (5 mois sur 13).  Avec de très jeunes enfants, ce n’était vraiment pas facile comme situation.  Ça a amené Jean à prendre conscience qu’en ne travaillant pas, il maintenait sa famille dans une situation précaire et compromettait le bien-être de ses enfants.  À partir de là, il est redevenu motivé à se trouver un emploi.

Nous sommes ensuite déménagés dans les montagnes gaspésiennes et malgré notre état de désobéissance, Dieu a permis que nous ayons une maison au-delà de nos espérances.  J’y vois encore une grâce imméritée de Dieu.  Notre première année dans cette maison fut cependant une des pires années de mon mariage.  La dépendance mélangée avec les philosophies nouvel-âge et la science du succès faisait un cocktail dévastateur.  Mon mari, pleinement dans la dépendance, était devenu sarcastique, froid, distant, indifférent.  Malgré l’amour de mes enfants, les pensées de suicide étaient récurrentes.  J’appelais régulièrement une ligne d’aide aux gens qui veulent se suicider.  Quand je parlais à mon mari de mes envies de mourir, il m’engueulait ou se moquait, m’accusait de le manipuler et m’ignorait complètement.  J’en étais venue à le détester.  Le mot divorce est apparu à quelques reprises dans nos conflits.  J’ai passé des nuits entières à pleurer sur le plancher de la salle de bain, à jongler avec les idées de m’enlever la vie.  C’était des périodes de souffrances énormes et c’est là, au bout de mon désespoir, que Dieu est revenu dans ma vie.  Je le suppliais de me sortir de là.  J’avais l’impression qu’un véritable combat avait lieu en moi, comme si je me battais pour rester en vie contre des forces qui voulaient ma mort.

Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes.  (Éphésiens 6, 12)

J’ignorais alors que Dieu s’apprêtait à complètement changer ma vie et celle de mon mari, qu’il allait faire un miracle dans notre mariage, que ce combat spirituel précédait notre retour à Lui et à une vie plus consacrée.  Du fond de mon désespoir, j’ai eu soif de Dieu.  Peu de temps après, mon mari est aussi revenu à Dieu.  Nous avions expérimenté le vide d’une vie sans Lui et nous avions failli y laisser notre peau.

Ceux qui avaient pour demeure les ténèbres et l’ombre de la mort vivaient captifs dans la misère et dans les chaînes, parce qu’ils s’étaient révoltés contre les paroles de Dieu, parce qu’ils avaient méprisé le conseil du Très Haut.  Il humilia leur coeur par la souffrance.  Ils succombèrent, et personne ne les secourut.  Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, et il les délivra de leurs angoisses.  Il les fit sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort, et il rompit leurs liens.  Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme !   (Psaumes 107, 10-15)

Repentance

Au début de notre retour à Dieu, nous écoutions des prédicateurs qui passaient à la télé, ceux-là qui prêchent un évangile de prospérité.  Après avoir été influencé quelques années par la science du succès, ça nous parlait beaucoup.  On rêvait d’une vie meilleure et prospère.  Nous étions très centrés sur nous-mêmes, très intéressés par ce que Dieu pouvait faire pour nous, alors nous nous laissions séduire par les fausses promesses de ces prédicateurs, sans réaliser que leur théologie était erronée.  J’y croyais beaucoup, me levais tôt pour écouter certaines émissions qui me plaisaient davantage, me sentais très motivée vers le changement.  De plus, à force d’écouter ces émissions, notre anglais s’améliorait considérablement et nous nous ouvrions à une panoplie de ressources chrétiennes dont nous ignorions l’existence.

Pendant cette période, mon mari commençait à vouloir changer, mais rechutait encore fréquemment.  Pour ma part, je m’étais remise à lire la littérature Al-Anon et celle sur la codépendance.  Je travaillais sur moi-même et bien qu’au début ça n’avait pas beaucoup d’impact dans la vie de mon mari, je persévérais.  Petit à petit j’en ai vu les fruits, d’abord dans ma propre vie et aussi dans la sienne.  Cependant, je m’apercevais que les livres sur la codépendance m’éloignaient de Jean, me rendaient plus égoïste, plus détachée, plus tournée vers moi-même, vers mon bonheur à moi et je sentais que quelque chose n’allait pas, que ce n’était pas tout à fait la solution.  Comme je le disais plus haut, la psychologie nous tourne davantage vers nous-mêmes alors que Dieu nous appelle à nous tourner vers lui et à aimer notre prochain comme nous-mêmes.  Néanmoins, je reconnais que ça a eu un impact considérable dans ma vie, comme un tremplin vers ce que Dieu avait de meilleur.

J’ai ressorti le livre anglophone qu’une dame m’avait offert plusieurs années auparavant, « The excellent wife » (l’épouse excellente) de Martha Peace et ce fut une véritable onde de choc.  Je me suis vue en face, moi, avec mes péchés à moi.  J’ai compris qu’aucun de mes péchés n’étaient justifiés par ceux de mon mari, peu importe leur gravité.  Aux yeux de Dieu, un seul de nos péchés nous rend coupable de tous (Jacques 2, 10) et nous condamne.  J’avais autant besoin de grâce que mon mari.  Je devais me repentir et demander à Dieu la grâce de changer MA vie.  Cette lecture fut un tournant dans ma vie.  Pour la première fois, je ne désirais pas changer pour influencer mon mari vers le changement ou obtenir quelque chose de lui.  Je désirais changer car je prenais conscience de mon propre coeur corrompu.  Je réalisais qu’ayant les yeux fixés sur les péchés de mon mari, je ne voyais presque plus les miens.

Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil ? (Matthieu 7, 3)

Il était si facile de mettre toute l’attention sur les péchés apparents de mon mari et de me justifier par toute l’injustice dont je me croyais victime.  Mais lui aussi avait souffert de mes propres péchés.  Plutôt que de l’aimer inconditionnellement comme Dieu me le demandait, je me sentais justifiée d’être en colère et de dire des choses blessantes lorsqu’il péchait contre moi.  Alors que l’amour biblique est patient, plein de bonté, non orgueilleux, ne cherche pas son propre intérêt, ne s’irrite pas, ne soupçonne pas le mal, excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout… (1 Corinthiens 13, 4-7), voilà que je lui faisais sentir qu’il n’était pas digne de confiance, que je le contrôlais, le manipulais, m’irritais contre lui…  J’étais loin de représenter le modèle de femme biblique que Dieu m’appelait à être.  Personne ne m’avait enseigné ces choses-là et je ne lisais pas suffisamment ma Bible pour que Dieu y renouvelle mon intelligence.  Mais j’avais une telle soif de changer et le livre de Martha Peace m’a conduit sur les chemins de la repentance.  Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré sur mes péchés et ressenti ma misère.  J’avais besoin de la grâce de Dieu pour me transformer.

Au fur et à mesure que Dieu travaillait dans ma vie, je ressentais une grande paix envahir mon quotidien.  J’ai senti que mon mari était touché par ma nouvelle attitude, qu’il en était même troublé par moment.  J’étais loin de m’imaginer que Dieu attendait que je lâche prise, que je dépose mes fardeaux au pied de la croix avant de transformer notre vie.  Quelques mois plus tard, mon mari a commencé à écouter des sermons de Paul Washer sur l’Internet et c’est là que Dieu l’a amené à son tour sur la route de la repentance.  Je l’ai vu brisé et pleurant pour ses péchés.  J’étais estomaquée, je n’avais jamais rien vu de tel chez mon mari.  Je l’avais certes vu avoir des élans fervents de repentance, mais jamais de cette façon, comme si auparavant c’était plus humain que divin, comme si ça provenait davantage de la culpabilité que de la grâce.  Mais là, je le voyais s’illuminer de bonheur et d’amour pour Dieu, je retrouvais le Jean bondissant de joie que j’avais rencontré au centre catholique bien des années auparavant, lorsqu’il était fraîchement converti.  Je savais qu’il existait encore quelque part, même si je n’osais plus trop y croire.  Et le voilà qu’il me revenait.  Mon mari semblait bien décidé à vaincre sa dépendance.  Il s’est mis à lire des ouvrages chrétiens anglophones sur la dépendance sexuelle et ça l’a beaucoup aidé.  Il s’est mis à expérimenté de longs mois de sobriété, ce qui n’était jamais arrivé de toute sa vie.  Je me souviens qu’il me disait avoir l’impression de renaître à la vie autour de lui, comme s’il avait vécu pendant des années dans sa tête.  Nous étions alors en 2007.  Notre théologie s’est aussi mise à changer, nous étions en voie de rejeter l’évangile de prospérité.

Bonheur, deuil, espoir et défi

Au début 2008, nous vivions sur un nuage de bonheur.  C’était tellement différent comparé aux années passées que ça semblait quasiment irréel.  Nous étions si reconnaissants de la grâce de Dieu dans nos vies.  Nous étions passionnés pour Christ, voulions le servir et lui consacrer toute notre vie.  Nous avions recommencé à fréquenter une église pentecôtiste et la fraternité nous faisait un grand bien.  Mon mari me traitait comme la plus belle femme au monde, m’honorait dans la moindre de ses pensées et notre mariage fleurissait.  Je suis devenue enceinte alors que ça faisait des années que nous essayions d’avoir un autre enfant.  J’étais tellement heureuse.  Jean, constatant qu’il n’existait pratiquement aucune ressource chrétienne francophone sur la dépendance sexuelle, a eu l’idée de débuter un blog.  Même si l’idée ne m’enchantait pas au départ, je sentais que c’était de Dieu et que je ne devais pas m’objecter.   Et depuis, je n’ai jamais eu aucun doute que c’était la volonté de Dieu, même si par la suite, ce ne fut pas toujours évident.

En juin 2008, alors que tout semblait nous sourire, nous sommes allés à l’échographie de notre bébé pour faire face à un choc terrible.  À 22 semaines de grossesse, ma fille était morte dans mon ventre.  Je me souviens être allée me réfugier dans les toilettes de l’hôpital pour supplier Dieu de ressusciter mon enfant.  Quand je suis retournée dans la salle d’échographie et que j’ai constaté que le bébé était bel et bien mort, j’ai dit à Dieu dans mon coeur : « Que ta volonté soit faites, je l’accepte. »  Mon mari et moi avons beaucoup pleuré, mais nous avons vu cette épreuve comme un test de Dieu, comme s’il venait nous demander si nous allions continuer de l’aimer encore, même dans les difficultés.  Notre réponse fut un retentissant oui.

L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni! (Job 1, 21)

Étant avancée dans ma grossesse, j’ai accouché de ma fille.  C’était un moment étrange et éprouvant.  Alors que partout sur l’étage, d’autres femmes donnaient la vie, il n’y avait que la mort au bout des douleurs de mon accouchement. Nous avons eu l’occasion de prendre et de bercer ce tout petit bébé à qui Dieu n’avait pas donné beaucoup de jours.

C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.  Mon corps n’était point caché devant toi, lorsque j’ai été fait dans un lieu secret, tissé dans les profondeurs de la terre.  Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient. Et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux existât. (Psaumes 139, 13, 15-16)

Il s’en est suivi une période difficile de deuil.  J’avais l’impression que le temps s’était arrêté et que tout ce qui existait était mon deuil et mes larmes.  Mon mari se sentait bien impuissant devant ma peine et vivait son deuil différemment mais tout aussi intensément.  Je ne supportais plus la vue des femmes enceintes ni des bébés.  Mon corps produisait du lait, me rappelant cruellement le vide de n’avoir aucun bébé à nourrir.  Ce fut également un moment éprouvant pour nos filles.  Nous avons fait une belle sépulture à notre petite Raphaëlle qui repose en paix à quelques kilomètres de chez nous.

Quelques mois après la mort de notre fille, je suis redevenue enceinte.  Les larmes ont fait place à la joie, mais aussi à l’inquiétude.  J’avais tellement peur que ce nouveau bébé cesse aussi de vivre.  Mais Dieu, dans son immense bonté, a permis que mon fils soit un bébé très actif dans mon ventre.  Ça me rassurait.  En 2009, une semaine après l’anniversaire de décès de Raphaëlle, Isaac est venu au monde.  Sur le coup, mon mari a eu un choc, réalisant que quelque chose clochait.  Son silence m’inquiétait et je me demandais si mon fils allait bien.  Le docteur m’a dit de me préparer à ce que j’allais voir, car mon fils était né avec une fente labio-palatine, ce qu’autrefois on appelait un bec de lièvre.  Cela m’était complètement égal, il était vivant, c’était tout ce qui m’importait.  La mort de Raphaëlle nous avait en quelque sorte préparé, nous rendant cette nouvelle épreuve beaucoup moins difficile.

Néanmoins, nous avons dû faire face aux nombreux défis d’un enfant avec malformation.  Il demandait des soins spéciaux et beaucoup plus longs pour l’alimentation.  Dès sa première semaine de vie, nous avons dû faire un long voyage pour aller voir les spécialistes.  Ce fut le début de très nombreuses visites médicales en-dehors de ma région.  Cette année-là, Isaac a subi 2 chirurgies importantes et d’autres allaient venir plus tard.  Mais à-travers tout ça, Dieu nous a béni car nous avions un bébé facile, qui dormait bien et était tout le temps joyeux.  D’ailleurs la signification du prénom Isaac est rire, c’est aussi la raison pour laquelle il a été nommé ainsi, car la mort a fait place à la vie et les larmes ont fait place aux rires.

Parenthèse théologique

De 2007 à 2013, notre théologie a évolué.  Nous avons rejeté une partie de l’évangile de la prospérité tout en en conservant d’autres.  En 2011, mon mari a fait une année d’étude biblique par correspondance auprès de Curry Blake, suivant le cours « divine healing technician » (technicien de guérison divine).  Nous avions rejeté tout le reste du mouvement « Word of Faith » (Parole de Foi), mais étions convaincu que le ministère de Curry Blake était l’exception, ce que nous ne croyons plus aujourd’hui.  Un bon ami à nous nous a aidé à réaliser le côté dangereux du « New Apostolic Reformation » (nouvelle réformation apostolique) et nous nous sommes de plus en plus éloignés de la majorité des théologies véhiculées par ces nouveaux mouvements émergents.  Je n’entrerai pas dans les détails, mais je l’aborderai sûrement dans des articles.  Dans le moment, je ne veux qu’expliquer notre évolution théologique au fil du temps.  Nous devenions de plus en plus des pentecôtistes conservateurs.

Des épreuves qui purifient

Pendant des années, la vie a été douce.  Mon mari n’avait pas réussi à vaincre complètement sa dépendance, mais ne rechutait presque plus, à peine quelques fois par année.  Mais autour de 2013, les choses ont commencé à se dégrader.  Les rechutes sont redevenues fréquentes et j’ai vu réapparaître certains comportements du passé.  Cela m’inquiétait.  Au début 2014, je me souviens avoir dit à Jean que j’avais l’impression que le vieil homme en lui, celui qui avait été cloué sur la croix avec Jésus, reprenait vie.  Il n’avait pas cette impression et avait recommencé à vivre dans le déni, banalisant ses rechutes.  Les choses se sont mises à aller de moins en moins bien entre nous.  J’étais épuisée émotionnellement.  Par moment, moi aussi, je reculais dans mon attitude, retournais dans le contrôle et parfois le blâme, mais je tentais régulièrement de me reprendre.  Je m’accrochais à Dieu, je n’étais plus sans ressources comme avant.   Cependant, Dieu était loin d’avoir fini son travail dans mon coeur.  J’avais encore tendance à me relâcher dans ma vie de prière quand tout allait bien, négligeant aussi la lecture de la Parole.  Je faisais encore de mon mari une idole recherchant son amour plus que celui de Dieu.  Le Seigneur se servait des difficultés de mon mariage pour me ramener à Lui, pour m’apprendre à dépendre de Lui.

Au printemps 2014, Jean a eu un nouvel élan de ferveur et a eu quelques plus longs moments de sobriété.  Il approchait 40 ans et constatait le temps perdu et ne voulait plus gaspiller des années dans le péché.  Je le voyais se battre pour se relever et rester debout, mais j’ai aussi vu quelques attaques du diable beaucoup plus sournoises qu’à l’habitude se mettre au-travers de son chemin.  C’est ainsi qu’à la fin août 2014, il a écrit un article qui s’intitulait : « Dieu a un plan.  Le diable a un plan.  Et vous, en avez-vous un? » dans lequel il disait vouloir mener le bon combat et cesser de retomber, définitivement.  Il semblait tellement convaincu que ça me donnait beaucoup d’espoir.

Ce fut de courte durée.  Le 8 septembre 2014, le diable a joué une carte qu’il n’avait jamais sortie auparavant, mais qu’il préparait minutieusement depuis un bon moment.  Alors que Jean ne s’y attendait pas, alors qu’il avait rechuté la veille, alors qu’il était perturbé d’avoir tourné 40 ans  et que les deux dernières années de sa vie étaient empreintes de tiédeur spirituelle, une femme étrangère est apparue dans sa vie lui sortant le grand jeu de la séduction.  Si vous voulez connaître les détails de cette histoire du point de vue de mon mari, je vous invite à lire sa série « Chute et Rédemption » publiée sur son blog.  Il aurait pu résister, dire non, fuir, mais il n’avait jamais renoncé complètement à nourrir sa convoitise et le diable lui faisait miroiter le « fantasme ultime », pour reprendre les mots de Jean, celui de vivre l’adultère en vrai et non plus seulement en pensée.

Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise.  Et après que la convoitise a conçu, elle enfante le péché ; et le péché étant consommé, engendre la mort.   (Jacques 1, 14-15)

Alors de compromis en compromis, il s’est enfoncé dans le péché, marchant dans les sombres sentiers de l’infidélité relationnelle.  L’autre femme était une collègue de travail qu’il avait rencontré au bureau de Montréal durant notre séjour en ville.  Dieu a permis que je l’apprenne rapidement, quelques jours après notre retour de voyage.  Ce fut un choc, ça me semblait invraisemblable, même qu’au début je croyais que c’était une blague.  Je ne pensais tellement pas que mon mari pourrait à ce point retourner en arrière.  Malgré ce qu’il en disait au début, je savais très bien que c’était le passage à l’acte de sa dépendance sexuelle.  Il le reconnait très bien maintenant.  Mais puisqu’au début, ça avait pris une allure de romance, il s’était laissé leurrer, mais très vite ça a dégradé au point de rendre manifeste la nature de dépendance cachée derrière.  Dans les trois premiers mois de l’automne 2014, j’ai vu mon mari se repentir de l’adultère et y retomber à multiples reprises.  J’en étais dévastée, je ne savais plus s’il me disait la vérité ou s’il me mentait, tellement notre vie était une montagne russe oscillant entre le péché et les moments de repentance.  C’est comme si je vivais sa dépendance à un tout autre niveau, la même série de repentances et de rechutes, mais de façon beaucoup plus dévastatrice.  Sa personnalité était très changeante.  L’autre femme était devenue l’objet de sa dépendance et il la consommait littéralement nuit et jour.  Puisqu’elle habitait à 1000km de chez nous, ils s’écrivaient par Internet à mon insu.  Jean se levait souvent la nuit pour voir ce qu’elle avait écrit et lui répondre.  Ils se sont échangés plusieurs milliers de messages.  Elle était sa drogue et il s’y vautrait, oubliant tout le reste, même ses enfants.  Puisqu’il s’abreuvait d’elle constamment, tout ce qu’elle pensait influençait la vie de mon mari.  C’était une femme du monde, pensant comme le monde et détestant les voies de Dieu.  Elle s’était détournée de ses propres croyances religieuses dans lesquelles elle avait été élevée, voyant dans le rejet de la moralité une certaine liberté et c’est dans cette fausse liberté qu’elle tentait d’attirer mon mari.

Avec des discours enflés de vanité, ils amorcent par les convoitises de la chair, par les dissolutions, ceux qui viennent à peine d’échapper aux hommes qui vivent dans l’égarement.  Ils leur promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui. (2 Pierre 2, 18-19)

L’attitude de mon mari s’est mise à changer rapidement et radicalement.  Comme je l’écrivais il y a quelques temps dans un autre article, « tout semblait inversé, perdre son sens, comme si ma vie n’était pas ce que je croyais qu’elle était, comme si je l’avais rêvée et qu’une nouvelle « réalité » me frappait de plein fouet. Quelques mois auparavant, mon mari était plein d’amour, reconnaissant que je sois dans sa vie, me disait que sans moi il n’aurait pas été le même homme, me remerciait d’être une bonne aide, pleine d’amour, de patience et d’encouragements.  Il se délectait dans les voies de Dieu, chérissait les mêmes rêves et la même vision que moi.  Mais le voilà qu’il me dénigrait, me disait que j’avais détruit sa vie, que j’étais un fardeau, que j’avais tous les défauts du monde, qu’il ne me supportait plus.  Le voilà qu’il avait de nouveaux rêves, se mettait à penser comme le monde, à chérir les choses du monde et ne tolérait plus les choses de Dieu. »  C’était très déstabilisant et je commençais à perdre de vue la réalité, à me remettre en question,  à me demander si je ne m’étais pas illusionnée toutes ces années.  Mais Dieu me ramenait toujours à la vérité.

Lors des premiers aveux, malgré la dévastation, je me suis mise à combattre le bon combat de la foi, suppliant Dieu sur mes genoux de ramener mon mari à la raison et lorsqu’il répondait à mes prières et que mon mari se repentait, j’étais émerveillée de découvrir le pouvoir de la prière et je rendais gloire à Dieu.  Puis, pendant une certaine période, je n’ai pas su que mon mari était retombé.  Il était différent et n’agissait vraiment pas bien envers moi.  Je n’arrivais pas à croire qu’il puisse me traiter ainsi, pas après ce qui s’était passé.  Je sentais la colère grandir en moi.  Je me suis remise à me sentir justifiée.  Après tout, je venais de pardonner l’impardonnable.  Je perdais de vue ma propre dépravation et ne voyais que les odieux péchés de mon mari.  J’ai sombré dans la colère et l’amertume, me suis remise à dire des choses blessantes à mon mari.  On aurait dit qu’il n’y avait que du ressentiment qui coulait dans mes veines.  Je me suis épuisée ainsi pendant quelques semaines, n’obtenant aucun résultat, n’allant absolument nulle part.  Pire, je donnais à mon mari des munitions pour me traiter encore plus mal et sans le savoir, je l’aidais à se sentir justifié de me tromper.  Au bout d’un certain moment, n’en pouvant plus des conflits, j’ai décidé de changer d’approche.  C’est là, quand j’ai eu fini de me débattre, que Dieu a recommencé à travailler mon coeur.  Il m’a remis en face de mes propres péchés et m’a mené sur un chemin d’humilité et d’amour inconditionnel, me guidant de sa main, m’enseignant comme le parfait professeur qu’il est.  Je sentais vraiment sa main me guider et j’avançais avec obéissance.  Ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que je vois mon mari réagir.  Il semblait intrigué, déstabilisé.  Beaucoup plus tard, il m’a avoué que sa conscience l’accusait terriblement car à cause de ma nouvelle attitude, il n’arrivait plus à jeter le blâme sur moi.

À la mi-novembre 2014, j’ai découvert que mon mari me trompait à nouveau depuis plus d’un mois.  Cette fois-ci, il refusait de se repentir et voulait continuer sa relation avec l’autre femme.  Je lui ai alors demandé s’il était conscient de jouer avec son âme.  Il l’était, mais le péché avait juste trop d’emprise sur lui.  J’étais dépassée, déstabilisée et ne savais vraiment plus quoi faire.  Au début, j’ai voulu lâcher prise et m’en remettre à Dieu, laissant Jean libre de faire ce qu’il voulait, mais ça m’est vite paru insupportable de demeurer un témoin silencieux de son idylle avec une autre.  J’ai alors menacé de tout révéler au mari de l’autre femme et Jean m’a supplié de ne pas le faire car il craignait qu’à cause de ses origines, elle ne revoit plus jamais ses enfants.  Il a accepté de rompre avec elle et pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon mari me regarder et me traiter avec une haine indescriptible.  J’en ai été très ébranlée.  On avait eu bien des difficultés, mais jamais il ne m’avait haï.  Face à sa haine, j’ai réagit pendant quelques heures avec colère, avant de me reprendre et d’aller prier avec d’autres frères et soeurs dans la foi.  Un des frères m’a rappelé que mon véritable ennemi n’était pas mon mari, mais le diable et que ce dernier se servait de mon mari pour m’atteindre.  Il m’a encouragé à ignorer les remarques de haine et à ne répondre que par l’amour, en m’appuyant sur Dieu.  C’était des paroles très sages.  J’ai aussi écrit à la plupart des chrétiens que je connaissais afin de leur demander de prier pour notre mariage.  Beaucoup ont répondu à l’appel et je leur en suis reconnaissante car je suis certaine qu’ils ont largement contribué à l’issue de la bataille.  Je n’entrerai pas dans les détails, mais dans les jours qui ont suivi, j’ai vu un des plus tangibles combats spirituels de ma vie.  J’ai vu mon mari être très changeant, à un point que ça en était terrifiant.  Par exemple, je savais que mon mari feignait de me revenir alors qu’il continuait d’écrire à sa maîtresse.  C’est ainsi que le samedi soir, on a passé un temps de rapprochement où il me parlait avec une grande douceur, où nous avons prié et loué Dieu ensemble.  Puis soudainement, il s’est mis à me crier après, me regardant avec des yeux sombres, me disant de ne plus lui lire la Bible.  C’est là que j’ai réalisé avec certitude ce qui se passait, un combat dans les lieux célestes.  Il y a eu plusieurs autres manifestations qui m’ont effrayés ce week-end là, mais Dieu m’accompagnait d’une grande paix.  Jean m’a raconté plus tard avoir vécu un intense et déchirant combat spirituel.  D’une part le diable lui promettait d’en faire un grand athée qui pourrait jouir de tous les plaisirs du monde et de l’autre côté, il ressentait la main de Dieu s’appesantir sur lui et l’appeler à la repentance.  Le lundi matin, contre toute attente, Jean s’est repenti, m’a demandé pardon en pleurant et a fait de même avec chacun de nos enfants.  Il a fait plusieurs gestes concrets pour me montrer le sérieux de sa démarche.  Il a également fait une autre confession publique sur son blog.  Dans les jours qui ont suivi, il pleurait de reconnaissance, me disait qu’il n’avait jamais eu aussi peur de perdre son âme.

Je triompherai, je me réjouirai en ta bonté, toi qui as regardé mon affliction, qui as pris connaissance des détresses de mon âme.  Tu ne m’as pas livré aux mains de l’ennemi ; tu as mis au large et tu as assuré mes pas. (Psaumes 31, 7-8)

Cependant, il ne faut pas sous-estimer l’emprise de la dépendance.  Le passage à l’acte était en quelque sorte l’équivalent d’une drogue dure.  Il n’a pas été capable de se sevrer d’un coup et s’est mis à rechuter sexuellement (l’équivalent des drogues plus douces) plusieurs fois par jour.  Notre vie était un champ de dévastation où on tentait de soigner nos blessures au milieu du chaos.  Puis la lumière a commencé à revenir.  On passait beaucoup de temps en Dieu, à renouveler notre intelligence par sa Parole et à s’édifier par des sermons de bons prédicateurs.  En janvier, on se sentait comme prenant un nouvel envol, prêts à mettre 2014 derrière nous pour embrasser un avenir meilleur, du moins c’est ce qu’on pensait.  Nous étions pourtant sincères.  Ça allait bien entre nous, nous recommencions à être heureux.  Mais petit à petit, justement parce que ça allait bien, on a recommencé à négliger la prière.  Il faut croire que nous ne comprenions pas encore assez que nous étions dépendants de la grâce et que sans elle, nous retournions constamment à notre misère.

Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. (Marc 14, 38)

Mon mari a recontacté l’autre femme 3 mois après son dernier contact avec elle, mais je ne l’ai pas su.  Je croyais naïvement que c’était derrière nous.  Le mois suivant, leur relation avait repris là où ils l’avaient laissé.  Les deux planifiaient de se revoir et de consommer pleinement leur adultère.  Mon mari savait qu’il devait être rusé car j’étais beaucoup plus méfiante depuis l’automne précédent.  C’est ainsi qu’il s’est mis à être très romantique et affectueux avec moi, plus que d’habitude.  Je pensais que notre amour prenait un nouvel élan et j’en étais ravie.  L’autre femme avait même feint sur Facebook de partir en Europe durant la période où nous serions en ville.  Alors, pendant notre voyage, quand mon mari a voulu prendre des avant-midi seul pour faire de la photo, je ne me suis pas méfiée.  Surtout que je nous pensais rendus à rebâtir la confiance et que je voyais dans ces sorties un petit pas dans la bonne direction, quelque chose de peu risqué.  Je m’étais laissée leurrer.

La tromperie est dans le coeur de ceux qui méditent le mal.  (Proverbes 12, 20a)

La première fois qu’il m’a trompé, je n’ai rien soupçonné, mais la deuxième fois, j’ai eu des doutes et vécu un moment extrêmement douloureux.  Je lui avais envoyé des textos tout l’avant-midi, au début par amour, mais comme il ne répondait pas, j’ai commencé à avoir un très mauvais pressentiment.  Je tentais de me raisonner, mais je ne voyais aucune raison pour que mes messages demeurent sans réponse si longtemps.  Nous étions en visite chez ma grand-mère et il savait qu’on l’attendrait pour dîner à 12h.  Il était en retard.  L’angoisse a commencé à m’envahir, je n’arrivais pas à manger et j’étais très silencieuse, tentant de retenir mes larmes devant les autres.  Mais vers 13h, j’ai craqué.  Je pleurais, mon coeur se retournait dans tous les sens, j’étais énormément anxieuse.  Une partie de moi craignait qu’il lui soit arrivé quelque chose, mais une partie de moi ressentait ce qui se passait vraiment.  C’était un déchirement intérieur difficile à décrire, comme si on me déchirait les entrailles.  Quand mon mari est arrivé vers 13h30, je me suis assise sur le siège passager et nous sommes partis faire un tour.  Il voyait bien que j’étais dans tous mes états.  Je me suis mise à le questionner et à le sentir.  Je cherchais sur lui l’odeur d’une autre femme, sans penser qu’il avait pu se doucher.  Ne trouvant rien, je me suis rassurée.  De plus mon mari semblait tellement peiné de mon angoisse que je l’ai cru sincère.

Les mois qui ont suivis furent parmi les plus pénibles de ma vie.  Maintenant que mon mari et sa maîtresse avaient consommé leur adultère, ils avaient décidé de passer à l’étape suivante, celle de pousser leur conjoint respectif à vouloir divorcer afin, j’imagine, de se donner bonne conscience face à l’échec de leurs mariages.  C’était pour eux la première étape avant de pouvoir officiellement former un couple.  Ils parlaient déjà de se marier et d’avoir des enfants.  C’est ainsi qu’a commencé le pire été de ma vie.  Celui qui me connaissait le plus au monde s’est mis à se servir de ces informations pour me détruire.  Il a commencé par anéantir mes rêves, ce que je croyais être nos rêves communs.  Il ne voulait plus de tout ce dont nous avions rêvé… une vie à la campagne, une petite fermette, une plus grande famille, etc.  Il savait combien ça m’était cher d’avoir un autre enfant, à quel point j’étais triste à chaque cycle lorsque je constatais ne pas être enceinte.  Ça faisait des années que nous nous essayions pour un quatrième enfant.  Il m’a alors dit qu’il n’en voulait plus et tentait de me forcer, avec beaucoup de manipulation, à me débarrasser de toutes mes choses de bébé.  Puis il s’est mis à me dénigrer sur une base régulière.  Même lorsque je tentais d’améliorer ce qu’il me reprochait, je n’en faisais jamais assez à ses yeux.  Jamais de notre vie, il ne m’avait rabaissé autant, pas même dans les plus grandes phases de dépendance du début de notre mariage.  Je ne reconnaissais plus l’homme avec qui je partageais ma vie.  Il n’avait rien du mari que j’aimais.  Il était devenu, de façon extrême, narcissique, manipulateur, contrôlant et parfois même violent.  Il ne m’a jamais frappé, mais quand il est devenu violent cet été-là, j’ai souvent eu peur qu’il le fasse.  Je me suis souvent écrasée par terre de peur, demeurant là terrifiée pendant de longues minutes.  J’ai souvent imploré Dieu de prendre ma vie cet été-là, mais chaque fois, il a plutôt été fidèle à me consoler et à me relever.  Mon mari s’était mis à contrôler tous les aspects de notre vie, de la façon dont j’occupais mon temps jusqu’au moindre dollar qu’on dépensait.  Il voulait tout contrôler.  Il s’est mis à refuser toute intimité affective ou sexuelle.  Je me sentais dans une grande solitude, avec la honte qui me suivait comme une ombre.  Mais le comble est arrivé lorsqu’il a commencé à lire le livre des Dépendants Affectifs.  Il s’est mis à se positionner en victime et à me décrire comme son bourreau.  Ça me rendait tellement confuse tout ça.  J’avais l’impression qu’il me jouait dans la tête, qu’il tordait la réalité.  C’était comme un batteur de femmes qui se prenait pour la victime, ça ne faisait aucun sens.  J’ai tenté de répondre à ses arguments avec la vérité de la Parole de Dieu, avec le plus de délicatesse et de diplomatie que je pouvais, mais il me répondait avec plus d’attaques.  J’avais l’impression d’avoir affaire à un non-croyant.  J’ai fini par me taire.  Je me suis mise à éprouver de la haine pour mon mari, à ressentir de l’amertume avec une puissance jamais éprouvée auparavant.   Les conflits se multipliaient.  De part et d’autres, sur une base presque quotidienne, nous nous sommes échangés les paroles les plus blessantes de tout notre mariage, des paroles que nous regrettons tous les deux amèrement aujourd’hui.  Il est parvenu à son but très rapidement, je rêvais de divorcer et de vivre en paix.  Je n’en pouvais plus de tout ce chaos.  Je devenais tellement enragée.  Je ne me reconnaissais plus.  À trois reprises cet été-là, j’ai voulu qu’il parte, mais chaque fois le Seigneur m’a fait changé d’idée dans l’heure qui suivait.  Je me souviens que j’argumentais avec Dieu et qu’il me rappelait de lui faire confiance.  Alors chaque fois, je revenais sur ma décision, par obéissance à Dieu, même si je savais qu’aux yeux de mon mari, j’avais l’air ridicule.  La dernière fois où j’ai parlé de divorce, ce fut dans un grand moment d’humiliation.  Mon mari m’avait rabaissé, me criant après dans un lieu public.  Je ne m’étais jamais sentie aussi humiliée de toute ma vie.  Je suis entrée dans une telle rage que l’opinion des autres ne m’importaient plus.  Je lui ai aussi crié après en public, lui disant que puisqu’il voulait tout contrôler j’allais le laisser se débrouiller tout seul.  Je suis partie dans la voiture et je rageais.  Je me souviens, dans mes larmes, avoir dit aux enfants que j’avais atteint la limite de ce que j’étais capable d’endurer, que j’étais vraiment désolée pour eux, mais que je ne pourrais pas continuer d’être mariée à leur père, sinon j’allais en mourir.  Tout le monde pleurait quand Jean est revenu.  Je lui ai dit que c’était fini, qu’il avait atteint son but, que je ne l’aimais plus et que je voulais qu’il parte.  Il est parti à pied vers la maison.  On habitait à 100 km de là.  Je suis allée retrouver des amis qui m’ont écouté, qui ont consolé les enfants, mais qui s’inquiétaient aussi pour mon mari qui risquait de mourir déshydraté s’il marchait si longtemps par une telle chaleur.  Après avoir parlé et pleuré, je me suis raisonnée et suis allée porter à boire à mon mari.  Il avait déjà marché une bonne distance.  En m’y rendant, je demandais pardon à Dieu de ne plus pouvoir endurer mon mariage.  J’ai senti sa consolation, sa paix, mais aussi son encouragement à continuer de persévérer.  Quand j’ai rejoint mon mari, je me suis excusée pour ma part de tort (car peu importe la sienne, j’avais la mienne) et lui ai exprimé mon désir de ne pas divorcer.  Ce fut la dernière fois que j’ai parlé de divorce.

À partir de ce jour-là, Dieu s’est remis à travailler mon propre coeur, car je constatais avec honte ce dont j’avais été capable… une telle colère publique, ce n’était tellement pas moi.  Dieu m’a mis en face de mes propres fautes.  Au début, je trouvais que c’était injuste, que mon mari faisait bien pire.  Mais encore une fois, Dieu voulait se servir de cette période d’épreuve intense pour me sanctifier, moi.  J’avais l’impression d’avoir des rivières d’amertume en moi et je savais que c’était mal.

Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, et toute espèce de méchanceté, disparaissent du milieu de vous.  Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. (Éphésiens 4, 31-32)

Ces passages de la Bible me revenaient sans cesse à l’esprit.  J’étais devenue une femme amère, pleine de colère et de paroles méchantes.  Ce n’était pas à l’image de mon Sauveur.  J’ai commencé à demander à Dieu de chasser l’amertume en moi et de m’apprendre à aimer comme Lui aime, inconditionnellement.  J’ai passé beaucoup de temps sur mes genoux à pleurer et implorer Dieu de changer mon coeur.  Et il l’a fait, petit à petit.  Il est un Dieu fidèle.  Je me suis mise à essayer d’aimer mon mari malgré tout l’aspect non aimable qu’il déployait devant moi.  Je voyais les choses différemment, plus sous un angle d’éternité.  Si c’était là la croix que Dieu voulait que je porte, même si cela était pour durer le restant de ma vie, j’allais le faire avec obéissance, fixant mes yeux sur l’éternité.

J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. (Romains 8, 18)

Car c’est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement. (1 Pierre 2, 19)

Ces versets que j’ai affichés et relus très souvent, m’ont aidé à traverser avec plus de sérénité ces moments extrêmement pénibles de ma vie.  Ça m’a aidé à retrouver de la force.  Et j’ai vu mon mari réagir positivement.  Je le sentais déstabilisé par mon amour là où il savait ne mériter que mon mépris.  Parfois il redoublait d’efforts pour me faire enrager et y arrivait par moment, mais je me ressaisissais encore, avec la grâce de Dieu, et je continuais de l’aimer inconditionnellement.

À la fin août 2015, j’ai découvert qu’il était encore en relation avec l’autre femme.  Il a tout avoué et m’a dit que notre mariage était fini, qu’il ne m’aimait plus, que c’est elle qu’il aimait et qu’il voulait refaire sa vie avec elle, à 1000km de chez nous.  Ce fut tout un choc.  J’avais pourtant eu des doutes, mais là ça devenait très concret.  J’en étais complètement dépassée.  Les premières 24h suivant les aveux, bien que j’avais fait appel à beaucoup de chrétiens pour prier, je m’étais comme résignée à la situation.  J’allais devenir monoparentale dans le fond de la Gaspésie, avec le père de mes enfants qui n’allaient être qu’un papa par Internet, vivant trop loin pour réellement faire partie de leurs vies.  Je me voyais à 36 ans, faire une croix sur l’amour.  Pour moi, dans ma conscience, il était clair que je n’allais pas me remarier.

A ceux qui sont mariés, j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari (si elle est séparée, qu’elle demeure sans se marier ou qu’elle se réconcilie avec son mari), et que le mari ne répudie point sa femme.  (1 Corinthiens 7, 10-11)

Certains essayaient de me dire que j’en aurais le droit, puisque mon mari avait été adultère, j’étais donc libérée de mon mariage.  Mais j’avais écouté quelques mois auparavant une très bonne série de sermons de John Piper sur le mariage et ça m’avait convaincu de l’inverse.  Pour moi, il était clair que j’allais demeurer fidèle à mon mariage.  J’ai même dit à Jean que pour moi il allait toujours être mon mari, puisque notre mariage est scellé devant Dieu, et que je serais encore là lorsqu’il aura été au bout de son histoire avec l’autre femme.  Je me sentais très résignée.  Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là.  Je pleurais beaucoup et vivait le deuil de mon mariage.

Puis, en priant, j’ai senti Dieu m’appeler à combattre sur mes genoux, plutôt qu’à me résigner.  C’est ce que j’ai fait.  J’ai changé d’attitude.  J’ai délaissé la résignation et me suis mise à me battre pour mon mariage.  Moins de deux jours après les aveux, mon mari s’est repenti.  Je ne m’y attendais tellement pas.  Je pensais que j’aurais à me battre au moins 2 ans avant qu’il me revienne.  J’étais estomaquée devant la rapidité à laquelle Dieu avait changé la situation.  Quelques heures auparavant, il me disait qu’il n’y avait que 2% de chance qu’il change d’avis et le voilà qu’il me rejoignait dans la chambre où je priais pour me dire que c’était moi sa femme, qu’il ne s’en irait nulle part.  J’ai passé d’un désespoir agonisant à un bonheur intense, tellement émue d’amour devant un Dieu si grand.

Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme ceux qui font un rêve. Alors notre bouche fut pleine de cris de joie, et notre langue de chants de triomphe. Alors on disait parmi les nations : L’Éternel a fait de grandes choses à ceux-ci. L’Éternel nous a fait de grandes choses ; nous en avons été joyeux. Éternel, ramène nos captifs, comme les ruisseaux au pays du midi ! Ceux qui sèment avec larmes, moissonneront avec chants de triomphe. (Psaumes 126, 1-5)

La reconstruction

Je n’avais pas la naïveté de croire que tout était gagné.  Certes c’était une glorieuse victoire, mais je savais qu’il pourrait y avoir d’autres batailles et partout autour de nous n’était qu’un paysage dévasté.  Les ravages dans notre mariage et dans notre famille avaient été immenses.  J’imagine que c’est comme ça que pouvaient se sentir ceux qui, lors des grandes guerres, ressentaient probablement la joie que la guerre soit finie, tout en constatant l’ampleur de la dévastation environnante.

Les premières semaines, je voyais de façon très nette les effets du sevrage chez mon mari.  La grâce de Dieu agissait en lui et approfondissait sa repentance, mais paradoxalement, il semblait souffrir comme quelqu’un en désintoxication.  Il reconnaissait lui-même se sentir comme un junkie du sexe, en manque de son high et comprenait toute l’ampleur de la dépendance sexuelle qui l’avait amené dans un creux inégalé jusque là.  Dieu m’a donné la grâce d’avoir de la compassion pour lui et de l’aider à traverser ce dur moment.  Ça peut sembler étrange que je réagisse ainsi alors que tout porte à croire que j’étais la plus meurtrie par la situation.  J’avais certes mes blessures, mais je connaissais suffisamment la dépendance pour savoir que mon mari s’était fait à lui-même autant, sinon plus, de mal qu’il ne m’en avait fait.  Heureusement, le sevrage fut de courte durée.  Il fit vite place à un état profond de brisement.  Je n’ai jamais vu, de toute ma vie, mon mari pleurer autant sur ses péchés que durant l’automne 2015.  Je ne cessais de m’émerveiller devant le travail miraculeux que Dieu faisait dans son coeur.  En homme prudent, Jean a demandé l’aide de frères dans la foi afin qu’ils le contactent régulièrement pour l’aider à se relever et il voulait leur être redevable.  Ça me rassurait beaucoup de le voir si sérieux dans sa démarche.  Il cherchait à tout faire pour me prouver qu’il l’était.  J’en étais reconnaissante.

Cet automne-là, jusqu’au printemps 2016, mon mari a été mis en congé maladie à cause de la dévastation psychologique qu’il avait lui-même subi durant toute cette période d’adultère.  Nous avons utilisé ce temps pour guérir mais aussi pour se rapprocher de Dieu.  Nous avions une grande faim et soif de lui.  Nous écoutions beaucoup de sermons de nos prédicateurs préférés et nous nous sommes aperçus qu’ils étaient tous d’influence calviniste.  Nous les écoutions depuis des années sans le réaliser.  C’est alors que notre théologie a commencé à changer, qu’on a voulu en savoir plus sur les doctrines de la grâce et ça a complètement chamboulé notre vie chrétienne, comme s’il y avait un avant et un après ce moment-là dans nos vies.  Nous avons découvert la littérature des puritains, ce qui a également beaucoup approfondi notre relation avec Dieu, nous donnant l’impression que malgré environ 20 ans de vie chrétienne, nous n’avions encore rien compris et qu’on commençait à peine à le faire.  Ça nous a profondément transformé.  Aujourd’hui, nous nous identifions comme des réformés baptistes.

Durant les mois où Jean a été en congé, nous étions comme dans un cocon amoureux et chrétien.  Toute notre famille guérissait et se rapprochait de Dieu.  On coulait des jours paisibles comme en-dehors du temps, sachant bien qu’un jour Jean devrait retourner au travail.  Je redoutais un peu ce moment, car je savais que la tentation de l’autre femme pourrait revenir.  En effet, à la maison l’Internet est sécurisée et il n’aurait pas pu la contacter sans que je le sache, mais au bureau ce n’était pas le cas.  Les quelques semaines entourant son retour au travail ont été un peu plus houleuses et la dépendance a refait surface au point qu’il a récrit à l’autre femme pendant quelques jours.  Il s’en est vite repenti devant Dieu, mais n’a pas réussi à me le confesser pendant des mois.  Or, ce fut le seul écart de conduite et aujourd’hui, je sais qu’il est complètement ailleurs.  Quand je l’ai finalement su, bien évidemment ça a ébranlé ma confiance à peine naissante, m’a replongé momentanément dans des émotions plus vives et a prolongé le doute dans ma vie, mais nous sommes vite passé par-dessus.

Maintenant

Mon mari et moi lors d’une sortie en amoureux en 2016

Aujourd’hui, l’histoire d’adultère n’est plus qu’un mauvais souvenir qu’on tente d’oublier.   On est souvent émerveillés de voir tout le travail que Dieu a fait en nous depuis, de constater que moins de 2 ans après que cette épreuve a failli anéantir notre couple, notre mariage fleurisse à ce point.  Nous allons bientôt célébrer notre 20e anniversaire de mariage et nous sommes plus amoureux que nous ne l’avons jamais été.  Notre famille a aussi retrouvé sa joie.  C’est sûr que nous portons tous encore la cicatrice de ces évènements et que par moment, les blessures refont surface, mais ce sont des moments de plus en plus brefs et éloignés.  Nous allons maintenant de l’avant, plein d’espoir et de projets, comme avant que tout ça arrive.  Je crois que ces évènements, comme d’ailleurs tout ceux de ma vie, ont servi pour mon bien, afin que je croisse dans les voies de Dieu.

Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. (Romains 8, 28)

C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra, (1 Pierre 1, 6-8)

Je termine mon témoignage ici.  Je suis à l’été de mes 38 ans, une femme heureuse et toujours en plein changement.  Je continue de laisser Dieu me transformer de plus en plus à son image (il reste encore beaucoup de travail à faire).  J’ai vu la grâce de Dieu opérer bien des changements en moi jusqu’à maintenant et je sais qu’il va continuer.  Quelle sublime grâce que je ne mérite pas!  J’ai également vu Dieu faire bien des miracles dans ma vie, dans mon mariage, dans ma famille.  Je lui suis infiniment reconnaissante et j’ai développé une profonde confiance en lui.  Je rends gloire à Dieu pour chaque moment de ma vie, pour chaque personne qui a traversé ma vie, pour toutes les joies comme pour toutes les difficultés, car je sais que tout était selon la parfaite souveraineté de Dieu et ça a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui.

J’aurai mis plus d’un an à écrire mon témoignage et je remercie d’avance les courageux qui m’auront lu jusqu’à la fin.

Mise à jour 9 août 2017 – Sachant que mon témoignage fait ressortir beaucoup les aspects négatifs de mon mariage, je vous encourage à lire mon article 20 ans de mariage afin de rétablir un peu l’équilibre.  

2016-09-10

10 réflexions sur “Mon témoignage

  1. C’est un témoignage magnifique et émouvant. Tu es une femme plus qu’exceptionnelle et je suis tellement comblé de t’appartenir. Je n’aurai pas assez de toute l’éternité pour t’exprimer la gratitude que je ressens pour toutes ces années où tu as attendu patiemment que l’homme de Dieu en moi apparaisse. Je t’aime infiniment! xoxoxox

    • Merci mon chéri! Je ne regrette aucune de ces années avec toi, même les plus difficiles, car je sais les fruits qu’elles ont produites en nous. Si j’avais la possibilité de retourner en arrière, c’est sans hésiter que je te redirais oui, car je comprends la parfaite souveraineté de Dieu dans nos vies, qui certes nous fait passer par le feu de l’épreuve pour nous purifier, mais qui abonde en grâces au-delà de ce qu’on peut imaginer. Quel homme merveilleux tu es devenu! Je me sens réellement choyée d’être ta femme!

    • Je suis infiniment touchée par cet article qui m’a inévitablement fait verser plusieurs larmes. Je ne peux qu’imaginer ta souffrance et je remercie le Seigneur de m’avoir protéger des péchés sexuels tout comme mon mari avant et après le mariage. C’est un véritable combat spirituel dont la violence me brise le coeur… Je compte prier pour vous, pour que Dieu vous fortifie sans cesse et qu’il éradique toutes formes de dépendance. J’espère vous revoir très bientôt. ❤

      • Merci Jessica! Tu es bien gentille et j’apprécie que tu pries pour nous. J’espère aussi qu’on aura l’occasion de se revoir bientôt. Ton mari et toi êtes toujours les bienvenus chez nous. Que Dieu bénisse et fasse fleurir votre nouvel union! J’étais très touchée d’assister à votre mariage.

  2. Ça m’a pris la journée à te lire, entre les repas, le culte dominical, la sieste. Sans relâche, j’ai lu ton témoignage avec beaucoup d’émotions, de colère, d’empathie et d’émerveillement devant la grâce sans cesse renouvelée de notre grand Dieu dans vos vies. Je suis touchée par ton honnêteté et ton recul face à toutes ces épreuves. Je suis émue d’avoir pu te lire et apprendre à apprécier mon propre mariage avec un regard nouveau. Tu n’auras pas eu la bénédiction d’être mentorée par une femme plus âgée selon 2 Tite mais je crois que via ce blog tu as l’occasion de changer bien des vies et que Dieu pourra t’utiliser à être cette mentor pour une femme plus jeune dans la foi. Bon courage à vous tous et que Dieu vous préserve dans Ses voies.

    • Merci Learning Maman pour ton beau commentaire encourageant! Quand on se met à nu comme je l’ai fait, ça donne un peu le vertige au moment de peser sur le bouton « publier », comme une impression grisante de travail accompli, mais également un sentiment de se jeter dans le vide, probablement mené par la peur d’être jugée. Quoiqu’il en soit, ton commentaire m’a fait beaucoup de bien et je t’en remercie! Merci aussi de m’avoir lu jusqu’au bout. Je sais que c’était long… Mon mari n’en revenait pas que je dépasse les 20 000 mots, mais je n’avais pas envie d’étaler ça en une série d’articles. J’avais comme un besoin d’en finir avec mon témoignage. Et maintenant je me sens tellement allégée et j’ai envie d’écrire sur tellement de sujets. Merci également pour tes encouragements face à ce blog. Je sens également que c’est ce que Dieu m’appelle à faire, car c’est le but premier d’étaler toute ma vie comme ça, c’est d’aider ceux qui souffrent en silence, trop honteux pour oser en parler, se sentant seuls dans leur misère. J’ai déjà été là, trop convaincue d’être le seul élément discordant d’une église « parfaitement heureuse et parfaitement pieuse », un peu comme dans la chanson Stained glass masquerade de Casting Crowns (https://poursagloire.net/2016/09/22/stained-glass-masquerade-casting-crowns/#more-686). Aujourd’hui je comprends tellement que nous avons tous besoin chaque jour de la grâce de Dieu sans laquelle nous sommes perdus.

  3. Magnifique article, j’ai versé quelque larmes. Tu es une mère et une femme courageuse. Je suis si heureuse de voir que Dieu a travaillé ainsi en toi. Vous voir si amoureux et si proche de Dieu malgré tant d’épreuve est un témoignage de la grâce de Dieu qui surpasse nos erreurs, nos péchés et notre folie. Je t’aime énormément! 😀 ❤

  4. Ca a été pour moi une vraie joie de lire votre témoignage. Oui quelle grâce ! quelle puissance ! Quel amour Dieu a pour nous. Je le comprends d’autant mieux que je suis aussi passée par le « feu » pour expérimenter au bout de 24 ans de conversion un renouveau dans mon couple. Combien notre Seigneur est grand et patient ! Combien je peux comprendre avec le coeur ce que vous avez vécu car ayant eu aussi à vivre un combat féroce (pas pour les mêmes raisons) et très long aussi. Maintenant nous en sortons tous les deux transformés. Combien la persévérance est une source de bénédiction que le Seigneur « récompense » !
    Soyez bénis

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